La nouvelle stature diplomatique des pays du Golfe
Le poids politique et économique des monarchies du Golfe s’est considérablement renforcé. Ces pays ont diversifié leurs économies et sont devenus des hubs logistiques, attirant de nombreux investisseurs. Ils ont aussi réussi à projeter leur puissance au-delà de leurs frontières. Toutefois, l’extension régionale de la guerre ouverte par le Hamas le 7 octobre 2023 fait planer le doute sur la stabilité de cette zone, d’autant que le parapluie sécuritaire américain ne paraît plus assuré.
Au cours des quinze dernières années, les monarchies du Golfe se sont imposées comme des acteurs majeurs, non seulement du Moyen-Orient mais plus largement de la scène internationale. Depuis les printemps arabes, elles sont devenues incontournables dans la plupart des dynamiques régionales – de l’Égypte et la Libye à l’Irak et la Syrie –, mobilisant leurs leviers financiers, énergétiques et diplomatiques pour peser sur l’évolution politique de leur environnement régional. Désormais, elles ne se limitent plus à leur voisinage immédiat : elles cherchent à se positionner comme puissances moyennes globales, pouvant dialoguer aussi bien avec Washington qu’avec Pékin ou Moscou, mener des médiations sur l’Ukraine ou la République démocratique du Congo (RDC), ou se projeter comme pivots d’un ordre mondial multipolaire en gestation.
Cette stature nouvelle est le produit d’une transformation profonde de leurs priorités de politique étrangère autant que de leur gouvernance interne. Elle est toutefois fragile et confrontée à de sérieuses limites : leur ambition de faire du développement économique et de la connectivité un vecteur de stabilité régionale se heurte à la résurgence des conflits armés au Moyen-Orient. Dans une période de redistribution des cartes régionales, les pays du Golfe peinent à imposer une vision de long terme pour la région à la hauteur du leadership régional auquel ils prétendent.
PLAN DE L'ARTICLE
- Les pays du Golfe, nouveaux acteurs politiques incontournables
- Printemps arabes, pivot américain, transitions énergétiques : la nouvelle donne géopolitique
- Concentration du pouvoir et nouvelle génération de leaders
- De la compétition régionale au tournant géoéconomique
- Des puissances régionales aux ambitions mondiales
- Le retour de l'instabilité régionale : les limites des ambitions golfiennes
Camille Lons est directrice adjointe du bureau parisien de l'European Council on Foreign Relations (ECFR).
Article publié dans Politique étrangère, vol. 90, n° 4, 2025.
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