L'OTAN : de Washington (1949) à Strasbourg-Kehl (2009)
On peut tenter de cerner l’histoire de l’Alliance en en repérant trois phases. La première est constituée par les quatre décennies de la guerre froide. Puis l’Alliance revêt le rôle d’accoucheur du changement politique en Europe. Dans l’après-11 septembre, le débat rebondit sur les défis de sécurité internationale et le rôle de l’Alliance. Il est aujourd’hui encore ouvert sur des questions fondamentales : entre autres la nécessaire redéfinition de ses missions, et des moyens correspondants.
Lorsque les douze membres fondateurs signèrent, le 4 avril 1949, le traité de Washington, nul n’imaginait fonder l’alliance politico-militaire la plus réussie de l’histoire moderne. L’accord portait sur l’institutionnalisation d’une conférence d’États membres, qui devait progressivement devenir une organisation internationale dotée d’une puissante capacité militaire. Aujourd’hui, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) regroupe 28 États membres, et d’autres encore attendent leur admission. Elle conduit des opérations militaires sur trois continents, a institutionnalisé des partenariats avec quelque 20 pays, et noué des relations avec d’importantes démocraties hors Europe : Australie, Nouvelle-Zélande, Japon ou Corée du Sud.
Au vu de cette incroyable évolution, c’est un défi que d’organiser un regard rétrospectif sur les 60 dernières années de l’Alliance. Une solution consisterait à prendre conflits et crises comme principe directeur. En 1949, le traité de Washington est signé alors que Berlin est toujours sous blocus ; mais au même moment, nombre de membres de l’Alliance gardent de sévères réserves vis-à-vis de la nouvelle République fédérale. En 1959, la pression soviétique sur le statut de Berlin perdure. En 1969, les protestations internationales contre la guerre du Vietnam occupent le devant de la scène. L’année précédente, en Tchécoslovaquie, l’OTAN est restée spectatrice de la liquidation des velléités démocratiques par le pacte de Varsovie – ce que certains Européens assimilèrent à une faiblesse. En 1979, les membres de l’Alliance prenaient la Dual Track Decision, ou « double décision », pour répondre à la menace grandissante des missiles soviétiques SS-20 en Europe : ce fut le prélude d’une sévère crise qui conduisit l’OTAN au bord de l’éclatement au début des années 1980.
Même après l’effondrement du pacte de Varsovie et la « victoire » de l’OTAN dans la guerre froide, les conflits semblent demeurer la référence pour l’histoire de l’Alliance. Élargissement de l’OTAN, crise des Balkans, Afghanistan, Irak : autant de mots clés soulignant des affrontements transatlantiques, ou européens, mettant à l’épreuve la cohésion de l’Alliance. [...]
PLAN DE L’ARTICLE
- Les phases de l’OTAN
- Phase 1. Quatre décennies d’affirmation et d’autodéfense
- Phase 2. L’OTAN, accoucheur du changement
- Phase 3. L’OTAN après le 11 septembre
- Les problèmes de la soixantaine
Karl-Heinz Kamp est directeur de recherches au Collège de défense de l’OTAN à Rome. Précédemment, il a longtemps travaillé comme coordinateur des politiques de sécurité à la Konrad Adenauer Stiftung de Berlin, a été détaché auprès du ministère des Affaires étrangères allemand et a enseigné la science politique à l’université de Cologne.
Texte traduit de l’anglais (Allemagne) par Grégory Danel.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
L'OTAN : de Washington (1949) à Strasbourg-Kehl (2009)
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesLes petits pays insulaires du Pacifique face aux changements climatiques
Les petits États insulaires du Pacifique sont plus grands qu’il n’y paraît : l’espace maritime de la Mélanésie, de la Micronésie et de la Polynésie représente 40 millions de km2. Or, la biodiversité de l’océan est affectée par le réchauffement climatique et la montée des eaux menace les habitants de certaines îles. Les territoires du Pacifique, en dépit de leur hétérogénéité, ont réussi à s’unir pour tenter de faire entendre leur voix dans différentes instances diplomatiques.
L’Indo-Pacifique aux couleurs de la Chine
La montée en puissance économique de la Chine l’installe dans une géographie stratégique nouvelle, du Pacifique à l’Afrique et au Moyen-Orient, ce que traduit sa grande stratégie dite Belt and Road Initiative. Le concept d’Indo-Pacifique, officiellement rejeté par Pékin, tente d’intégrer l’extension de la puissance chinoise dans un cadre multilatéral, qui ferait à sa puissance toute sa place, tout en ménageant les intérêts et les capacités de décision de tous les acteurs de la région.
La stratégie indopacifique de l’administration Trump : une difficile émergence
L’administration Trump a initié une nouvelle stratégie pour l’Indo-Pacifique. Cette stratégie vise avant tout à endiguer l’expansion chinoise, en développant le partenariat avec l’Inde et les coopérations en Asie du Sud-Est. Mais cette posture renforce un jeu à somme nulle qui incite les partenaires de Washington à la prudence. La capacité des États-Unis à proposer une alternative à Pékin s’érode tandis que les États de cette région cherchent à affirmer leur autonomie stratégique.
La France et le concept d’Indo-Pacifique
Depuis 2018, les autorités françaises emploient le concept d’« Indo-Pacifique » à la place de celui d’« Asie-Pacifique ». Cette évolution sémantique traduit un changement de politique et même de vision du monde. L’Asie est désormais placée au cœur des préoccupations françaises et un accent particulier est mis sur les océans. Les îles – y compris les collectivités territoriales françaises – acquièrent une importance nouvelle. La France s’affirme comme une puissance maritime et insulaire.