Le XXe Congrès du Parti communiste chinois : le renouvellement introuvable
Le XXe Congrès national du Parti communiste chinois (PCC), prévu pour l'automne 2022, devrait être celui de l'immobilisme. La probable reconduction au pouvoir de Xi Jinping, au-delà de deux mandats, remet en cause les règles de succession en vigueur. Le PCC est une organisation vieillissante et de moins en moins transparente, où le culte du chef restreint les discussions internes, remettant en question sa capacité d'adaptation et sa survie à long terme.
Le Parti communiste chinois (PCC) se prépare pour son XXe Congrès, qui devrait avoir lieu à l’automne 2022. Cet évènement marquera la fin du second mandat du secrétaire général du PCC Xi Jinping. À cette occasion, plus de 2 000 délégués se retrouveront à Pékin pour représenter quelque 96 millions de membres du Parti. L’organisation étant structurée de façon pyramidale, avec le Congrès national au sommet, ces délégués sont envoyés par les cellules locales qui, au nombre de 5 millions, tapissent la société chinoise. Comme l’affirme la constitution du PCC, « Parti, gouvernement, armée, société et éducation – à l’est, à l’ouest, au sud et au nord, le Parti dirige sur tous les fronts ».
Le Congrès national se réunit tous les cinq ans. En plus de présenter un rapport décrivant le travail du Parti des cinq dernières années, et d’éventuellement amender la constitution du PCC, sa fonction principale est d’élire le nouveau Comité central. Ce dernier se compose d’environ 350 membres, titulaires et suppléants, issus de postes clés dans l’administration centrale et locale, les entreprises d’État et l’armée. Ce comité sélectionne en son sein une vingtaine de dirigeants qui forment un Bureau politique, ainsi que les sept membres du Comité permanent du Bureau politique – les cadres les plus puissants du pays.
Le XXe Congrès à venir est singulier. Au lieu de laisser la place à une nouvelle génération de dirigeants après dix ans de règne, Xi Jinping sera probablement reconduit pour un troisième mandat. Réussi, ce passage en force remettrait fondamentalement en question les principes de succession à la tête du PCC qui ont progressivement été mis en place depuis les années 1980.
L’ambition de Xi Jinping se fonde sur l’assise politique incomparable qu’il est parvenu à développer. Il a peu à peu réussi à concentrer entre ses mains les pouvoirs de l’appareil de l’État-Parti, notamment en créant, et souvent en présidant lui-même, tout un ensemble de groupes et commissions qui conduisent les politiques économique, étrangère, de sécurité, ou encore la discipline interne au Parti. Dès 2016, il fut désigné comme le « cœur » (hexin) du leadership du PCC par ses organes de propagande – honneur que Hu Jintao, dirigeant du Parti avant Xi, n’avait jamais obtenu. En 2017, la « pensée de Xi Jinping sur le socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère » fut ajoutée à la constitution du PCC. Ses deux prédécesseurs, Jiang Zemin (1989-2002) et Hu Jintao (2002-2012), avaient dû attendre la fin de leurs mandats pour voir leurs contributions théoriques gagner un tel statut. […]
PLAN
- L’absence de transmission du pouvoir
- Sélection des cadres dirigeants : une opacité croissante
- Un difficile renouvellement des élites
- En quête d’une loyauté absolue
Jérôme Doyon est maître de conférences à l'université d'Édimbourg. Son ouvrage Rejuvenating Communism: Youth Organizations and Elite Renewal in Post-Mao China paraîtra en 2023 aux Presses de l'Université du Michigan.
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