Les relations anglo-américaines après le Brexit : et moins si affinités ?
Le retour de la compétition des puissances, et l’érosion des moyens économiques et militaires britanniques mettent en cause la traditionnelle posture de suivisme de Londres vis-à-vis de Washington. Le Royaume-Uni ne pèse plus assez auprès des États-Unis, ni pour obtenir un accord commercial privilégié, ni en matière stratégique. Face au déclin inévitable de la relation bilatérale, Londres ne pourrait retrouver un poids diplomatico-stratégique que dans une Alliance atlantique rééquilibrée.
Telle une parodie du classique Quand Harry rencontre Sally – version dystopie géopolitique –, les hésitations du Royaume-Uni à conclure l’affaire avec l’Union européenne (UE) se sont étalées sur quatre années, jusqu’au 31 mars 2020. Pourtant, malgré la promesse d’un « contrôle retrouvé », Londres ne semble pouvoir obtenir mieux qu’un accord « BRINO » (« Brexit qui n’en a que le nom », pour ses détracteurs). Une issue qui renverrait le Royaume-Uni au point de départ mais avec moins d’influence sur des règles européennes auxquelles il est toujours soumis. Réduit à une position satellitaire vis-à-vis de Bruxelles, incapable de négocier un accord de libre-échange bilatéral avec les États-Unis, et n’attirant pas la foule attendue de partenaires commerciaux pressés de signer de nouveaux accords : le mythe du Global Britain serait loin.
Tandis que Londres se transforme en quémandeur auprès des plus grandes puissances, la relation bilatérale entre le Royaume-Uni et les États-Unis reste floue. « Devenir président des États-Unis » était pourtant un rêve d’enfance secret de Boris Johnson, et son élection au poste de Premier ministre a nourri l’espoir de ses admirateurs en une amélioration des relations transatlantiques. Les analystes les plus sérieux, tel Thomas Wright, ont identifié quatre efforts prometteurs dans les décisions du gouvernement, après de balbutiants débuts : interdire à Huawei l’accès au réseau 5G britannique ; imposer des sanctions à la Chine en raison de son intervention à Hong Kong, suspendre le traité d’extradition, et offrir le statut de réfugié aux trois millions de résidents ; instaurer des sanctions contre les violations des droits de l’homme ; et renouveler son engagement auprès des démocraties amies, avec la proposition d’un « D-10 ». Après un court accès de narcissisme stratégique, Wright accueillait favorablement l’idée d’un glissement d’une vision étroitement économique vers la reconstruction d’un ordre fondé sur des règles.
Même pour ceux qui accordent de l’importance au partenariat anglo-américain, l’espoir semble infondé. Depuis la crise de Suez de 1956, la relation bilatérale n’a jamais été aussi fragile que sous Donald Trump (John Bolton a lui-même reconnu que « nul ou presque » ne se souciait du Brexit dans son administration). Les quatre piliers de cette relation – proximité des élites, engagements militaires communs, dissuasion nucléaire et coopération des services de renseignement – ont été ébranlés dans les années 2010. […]
PLAN
- Les nations et leur personnalité
- Retour vers le futur américain ?
- Le Brexit breaking bad
- L’essence de l’indécision
Robert Singh est professeur de science politique à l’université Birbeck de Londres. Ses recherches portent notamment sur la politique étrangère des États-Unis.
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