Les petits pays insulaires du Pacifique face aux changements climatiques
Les petits États insulaires du Pacifique sont plus grands qu’il n’y paraît : l’espace maritime de la Mélanésie, de la Micronésie et de la Polynésie représente 40 millions de km2. Or, la biodiversité de l’océan est affectée par le réchauffement climatique et la montée des eaux menace les habitants de certaines îles. Les territoires du Pacifique, en dépit de leur hétérogénéité, ont réussi à s’unir pour tenter de faire entendre leur voix dans différentes instances diplomatiques.
Lors de sa tournée dans le Pacifique en mai 2019, le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) déclarait qu’il avait été « le témoin direct des effets des changements climatiques dans les États insulaires du Pacifique ». Et d’ajouter : « Ils contribuent très peu à l’urgence climatique mondiale et pourtant, ce sont eux qui sont les plus touchés. »
La vulnérabilité écologique des petites îles du Pacifique est notoire et s’est aggravée depuis plusieurs décennies sous l’effet des pressions liées aux changements globaux. Nombre de phénomènes de stress se succèdent, toujours plus intensément et fréquemment, comme le montrent par exemple les blanchissements coralliens. Extrêmement rares avant les années 1980, ils sont de plus en plus récurrents. En Polynésie française, huit événements de masse se sont développés sous l’effet de températures anormalement hautes durant les saisons chaudes entre 1984 et 2016. Viennent s’ajouter d’autres facteurs perturbateurs de l’écosystème, telles que l’émergence de pathogènes ou d’algues toxiques, la pollution des eaux, l’acidification de la mer et l’élévation du niveau des eaux. Ces pressions sur l’écosystème peuvent à leur tour conduire à des déséquilibres écologiques qui fragilisent des ressources vivrières et économiques et, par effet domino, influent sur la vulnérabilité des sociétés locales. Les membres du Forum du Pacifique l’ont rappelé lors de leur réunion du 15 mai 2019 à Fidji.
Dans les cas les plus extrêmes, les atteintes à la biodiversité insulaire peuvent provoquer des migrations intra ou extra-étatiques. De tels phénomènes ont été observés sur l’atoll de Makatea en Polynésie française, ou l’île de Banaba dans les Kiribati. Or il n’existe actuellement aucun statut juridique international pour les déplacés environnementaux. Ce type de migrations reste donc à consacrer par un amendement de la Convention internationale de Genève du 28 juillet 1951, ou par la création d’un statut spécifique et autonome en droit international. Il existe toutefois peu d’espoir que de telles éventualités se matérialisent. En effet, l’ensemble des projets en la matière – Convention relative au statut international des déplacés environnementaux en 2008, initiative Nansen, etc. – ont échoué. Il n’a pas été possible de trouver un consensus politique global, ni de mettre en place un nouveau régime juridique en droit international général. […]
PLAN
- L’hétérogénéité des territoires insulaires du Pacifique
- Des petits États insulaires fragmentés - La diplomatie climatique des petits pays du Pacifique
Hervé Raimana Lallemant-Moe est docteur en droit public et chercheur au Laboratoire Gouvernance et Développement Insulaire à l’université de Polynésie française.
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