Mondialisation du trafic de drogue – une autre globalisation
Le trafic international de drogue est en augmentation. L'essentiel de cette marchandise illicite transite par la voie maritime, les narcotrafiquants ayant recours à des embarcations et des méthodes variées pour mieux tromper la vigilance des autorités. Les saisies sont néanmoins, elles aussi, en hausse. À l'avenir, de nouveaux moyens technologiques devraient permettre aux services chargés de lutter contre les trafics de stupéfiants d'être encore plus efficaces.
Début mars 2021, les autorités néerlandaises annoncent la saisie de plus de 23 tonnes de cocaïne dans les ports d’Anvers et Hambourg, la plus importante jamais effectuée par les Pays-Bas, destinataires des cargaisons. La drogue était dissimulée à l’intérieur de 17 000 boîtes de peinture dispersées dans cinq conteneurs en provenance du Paraguay pour la cargaison allemande, et dans un conteneur rempli de copeaux de bois en provenance de Panama pour la belge.
Cette saisie témoigne de l’échec des politiques de dépénalisation de la consommation de cannabis quand elles ont pour visée l’éradication du trafic de stupéfiants. Les Pays-Bas, qui tolèrent en outre la vente et la culture de cette herbe, sont de nos jours une des principales portes d’entrée dans l’Union européenne (UE) des drogues : cocaïne, mais aussi ecstasy et autres drogues de synthèse.
Les premiers ports européens – dans l’ordre Rotterdam, Anvers et Hambourg – sont aussi les premiers points d’accès des stupéfiants. Ce n’est pas un hasard : la globalisation se caractérise par un transport maritime assurant 90 % du négoce mondial, et cette caractéristique n’a pas échappé aux narcotrafiquants. Ils ont vu dans la massification des échanges, le nombre de navires en circulation et la quantité infinie de caches potentielles que recèle un bâtiment autant d’opportunités de convoyer leur marchandise.
Les saisies en mer sont néanmoins nombreuses et en augmentation. Pour la seule année 2021, la Marine nationale a par exemple intercepté près de 40 tonnes de drogue contre 8 tonnes en 2020, et ce sur tous les océans. La quantité de produits stupéfiants circulant en mer explique en partie ce chiffre, mais aussi des moyens de lutte renforcés et qui ne cesseront de l’être à l’avenir : les nouvelles technologies – des drones aux conteneurs connectés – ouvrent de ce point de vue des perspectives nouvelles.
Petite histoire de la mondialisation de la drogue
La quête de paradis artificiels remonte à la nuit des temps. L’opium est figuré par un idéogramme sumérien évoquant « la plante de la joie » près de 3 000 ans avant notre ère, et on trouve trace d’une utilisation de la coca voici plus de 2 000 ans. La consommation de ces stupéfiants s’est longtemps enracinée dans des pratiques coutumières localisées, à l’image, de nos jours, du khat, amphétamine naturelle propre au Yémen et à la Corne de l’Afrique. […]
PLAN
- Petite histoire de la mondialisation de la drogue
- La voie royale du transport maritime
- Le navire, moyen de convoyage privilégié de la drogue
- La montée en gamme de la lutte contre le trafic de drogue
Cyrille P. Coutansais, directeur de recherches au Centre d'études stratégiques de la Marine (CESM), a récemment publié La (re)localisation du monde, Paris, CNRS Éditions, 2021.
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Mondialisation du trafic de drogue – une autre globalisation
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