Essequibo : une vieille plaie entre Venezuela et Guyana
Héritage de la décolonisation et d’une longue bataille juridique, la querelle de l’Essequibo – territoire guyanais revendiqué par Caracas – est désormais portée devant la Cour internationale de justice. Mais cette Cour ne s’est prononcée que sur sa propre compétence, que lui déniait le Venezuela. Ce sont toutes les procédures de règlement, amiables ou judiciaires, des dissensions internationales prévues par la Charte de l’ONU qui sont convoquées autour de ce cas d’espèce.
Le 29 mars 2018, le Guyana a déposé auprès de la Cour internationale de Justice (CIJ) une requête contre le Venezuela, sur la validité juridique de la sentence arbitrale du 3 octobre 1899, relative à la frontière entre la colonie de la Guayana britannique et les États-Unis du Venezuela.
Le Venezuela, qui qualifie la sentence de 1899 de nulle et non avenue, a quant à lui décidé de ne pas prendre part à l’instance, arguant n’avoir jamais consenti à ce que la CIJ règle le différend. Il demande la restitution du territoire du Guayana Esequiba, situé à l’ouest du fleuve Essequibo, qu’il revendique depuis bien avant l’indépendance du Guyana, et soutient que le contentieux doit être réglé dans le cadre d’un accord signé à Genève en 1966, et qui établit la procédure de résolution du différend territorial.
Dans ce contexte, la CIJ a estimé qu’elle devait statuer séparément sur la question de sa compétence, avant tout examen sur le fond de la requête. Elle a ainsi, dans son ordonnance du 19 juin 2018, fixé les délais pour le dépôt des pièces de procédure écrites sur la question de sa compétence. Le Venezuela, bien qu’il n’ait pas déposé de contre-mémoire au sens strict du terme, a fait parvenir un mémorandum sur la non-compétence de la CIJ en l’espèce.
Cette réactivation récente d’un ancien différend opposant le Venezuela au Guyana (et auparavant au Royaume-Uni) à travers la CIJ, prend tout son sens dans la conjoncture propre au Venezuela, mais aussi à la lumière du positionnement de chacun des acteurs dans des contextes politiques évolutifs.
À l’origine du différend : le colonialisme européen
Au XVIe siècle, l’Espagne mit en place une politique d’interdiction des échanges entre ses colonies et l’Europe, pour s’assurer d’un monopole du commerce en Amérique. Ce qui stimula les ambitions territoriales des commerçants des Provinces-Unies (actuels Pays-Bas), avec l’occupation des établissements espagnols de Berbice, Démérara, Essequibo et Suriname, à l’est du fleuve Essequibo, qui devinrent hollandais en vertu du traité de Münster de 1648. Par la suite, l’extension de l’empire britannique entraînera l’occupation des colonies hollandaises au début du XIXe siècle. En 1814, avec le Traité anglo-néerlandais de Londres, les Britanniques rendirent aux Néerlandais leurs possessions coloniales, à l’exception, entre autres, de Berbice, Démérara et Essequibo. […]
PLAN
- À l’origine du différend : le colonialisme européen
- L’accord de Genève de 1966 : la réactivation de la réclamation vénézuélienne
- La position historique du Venezuela sur la compétence de la CIJ
- Les inconsistances de la stratégie du Venezuela vis-à-vis de la CIJ
- La CIJ s’est déclarée compétente : quelles implications pour le Venezuela ?
Docteur de la Sorbonne nouvelle en relations internationales, Alejandro Fleming est ancien ambassadeur auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg, ancien vice-ministre pour l’Europe et ministre du Tourisme et du Commerce du Venezuela.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Essequibo : une vieille plaie entre Venezuela et Guyana
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesPhilanthropes sans frontières : la générosité privée au secours du monde ?
Acteurs traditionnellement discrets, les mécènes et fondations privées influencent le système international depuis plus d’un siècle. Leur visibilité s’est accrue et leur rôle géopolitique s’affirme, tandis que se mêlent dans leurs élans de générosité une sincérité non feinte et des intérêts adroitement calculés. Les crises et catastrophes récentes suscitent des dons sans précédent qui ne viennent pas uniquement des grandes fondations et donateurs occidentaux. Le paysage de la philanthropie est en pleine effervescence.
Les États-Unis de Trump et la guerre du Haut-Karabagh
L’administration Trump, accaparée par les élections présidentielles, est restée pour l’essentiel en retrait, en dépit d’efforts ponctuels. Ce retrait relatif, sur fond d’activisme en faveur d’un camp ou de l’autre, de nombreux acteurs institutionnels et non-institutionnels à Washington, a laissé le champ libre à la Turquie et à la Russie. Au final, Moscou a obtenu seule un cessez-le-feu, qui matérialise son influence mais aussi d’importantes avancées territoriales azéries et diplomatiques turques.
Que peuvent faire les Nations unies au XXIe siècle ?
Après le printemps des années 1990, l’ONU connaît un temps de reflux : retrait des Occidentaux des Opérations de maintien de la paix, minage de l’Organisation par les États-Unis, retour aux vétos au Conseil de sécurité… Sa réforme paraît aujourd’hui à la fois nécessaire pour l’adapter aux mutations du monde, et improbable, au moins pour la composition du Conseil de sécurité. Elle demeure le seul espace de dialogue universel pour des questions comme l’environnement ou les droits de l’homme.
Qu’attendre de l’ONU aujourd’hui ?
L’ONU n’a sans doute plus ni la légitimité ni les moyens d’imposer la paix dans un monde qui ne ressemble plus à celui de 1945. Et la réforme de ses institutions centrales est hors d’atteinte. Mais elle peut s’inscrire dans l’avenir, en continuant à aider à résoudre nombre de problèmes concrets. À travers ses diverses institutions spécialisées, l’ONU pourra ainsi s’adapter à un monde dont les enjeux et les acteurs ont connu des mutations fondamentales depuis la Charte de 1945.