Repenser l'Europe
L’Europe est aujourd’hui menacée par trois « ismes » : le djihadisme, le poutinisme et le populisme. Face à l’ampleur de la crise, les dirigeants des pays membres de l’Union européenne font pâle figure et ont beau jeu de blâmer Bruxelles. Après le choc du Brexit, le projet européen doit trouver un nouveau souffle. Le saut fédéral est, pour l’heure, une douce illusion. La priorité est de consolider l’existant, avant de pouvoir imaginer une nouvelle forme de concert des Nations européennes.
« L’idée européenne n’est pas un sentiment premier, comme celui de l’appartenance à un peuple, elle n’est pas originelle et instinctive, mais elle naît de la réflexion, elle n’est pas le produit d’une passion spontanée, mais le fruit lentement mûri d’une pensée élevée. »
J’ai délibérément choisi les propos de Stefan Zweig, auteur de ce chef-d’œuvre d’une actualité toujours plus grande que constitue Le Monde d’hier, comme point de départ de ma réflexion. Un passage en particulier mérite d’être médité, lorsque l’auteur insiste sur le fait que l’Europe n’est pas le produit « d’une passion spontanée ». J’ai été et je suis passionnément européen, pour des raisons qui tiennent à ma biographie personnelle autant qu’à ma réflexion rationnelle. Mais je suis bien conscient, et l’Euro de football 2016 en a été la démonstration éclatante, que le nationalisme des peuples est plus incontournable que jamais à l’heure de la mondialisation inquiète, sinon angoissée et malheureuse, dans laquelle nous nous trouvons désormais.
N’y a-t-il pas face à ce processus de mondialisation comme une évolution contrastée de l’État et de la Nation ? Autrement dit, il y a toujours plus de Nation, au sens où, face au progrès de l’interdépendance et de la transparence, il existe une quête identitaire qui s’exprime à travers la Nation. L’alternative religieuse n’est guère rassurante. Mais s’il y a plus de Nation au sens émotionnel, n’y a-t-il pas également un peu moins d’État en termes de souveraineté et d’efficacité ? Une double évolution qui, de facto, nuit à l’Europe et à son projet unificateur. D’un côté, Bruxelles s’enfonce dans un anonymat toujours plus gris en comparaison avec l’exaltation des identités nationales, de l’autre c’est Bruxelles qui sert de bouc émissaire à des États nationaux incapables de remplir avec succès les missions qui sont les leurs et qui reportent sur Bruxelles la cause de leur échec.
Dans les deux cas, les institutions européennes – leurs incarnations et leurs réglementations – apparaissent comme une imposition d’autant plus lourde qu’anonyme. On ne parle de José Manuel Barroso que lorsqu’il décide de rejoindre Goldmann Sachs peu de temps après la fin de son mandat à la tête de la Commission.
L’Union européenne, dans un continent qui rejette l’Autre comme une menace, est de plus en plus perçue comme faisant partie de cet Autre problématique sinon menaçant. Pour 41 % des Français par exemple, l’Union européenne est source de crainte. Seulement 25 % d’entre eux la considèrent encore comme une raison d’espérer. […]
PLAN
- De l’Europe de l’après-guerre à l’Europe du rejet de la mondialisation
- Les raisons d’un cataclysme : le Brexit, tournant peut-être clé dans l’histoire de l’Europe
- Quelle Europe du XXIe siècle après le référendum britannique ?
- La réponse ne peut venir que des différentes nations qui constituent l’Union
Dominique Moïsi, professeur au King’s College de Londres, est conseiller spécial à l’Ifri. Il a récemment publié La Géopolitique des séries, Paris, Stock, 2016.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Repenser l'Europe
Les partis ethniques dans les Balkans occidentaux
Les partis ethniques occupent une place importante sur la scène politique des Balkans occidentaux. Ils ne représentent pas nécessairement un danger pour la démocratie si leurs dirigeants acceptent de respecter le fonctionnement des institutions en place. Toutefois, dans plusieurs pays, les leaders nationalistes jouent avec le feu. Ils font peser un doute sur la démocratisation et la stabilisation de la région, deux conditions indispensables à une hypothétique accession à l’Union européenne.
Sommet de l’OTAN à Varsovie : un bilan
En juillet 2016 à Varsovie, les alliés ont décidé le renforcement du flanc oriental de l’OTAN. Pour l’Alliance, cette mesure a trois implications : elle montre son unité et sa solidarité, la nécessité de faire face à la relation conflictuelle avec la Russie, enfin l’échec partiel de ses politiques de partenariat. Une question a cependant été éludée lors de ce sommet : la crédibilité du modèle porté par l’Alliance à la lumière de la dérive illibérale de plusieurs de ses membres.
Obama ou le retour de la Realpolitik
Pour Barack Obama, l’heure du bilan a sonné. En matière de politique étrangère, deux axes se dégagent de son double mandat : d’une part, une volonté de désengagement du Moyen-Orient contrariée par l’émergence de Daech, et d’autre part un « pivot » vers l’Asie ayant notamment pour but de freiner la montée en puissance de la Chine. D’une manière générale, Obama a fait preuve de retenue sur la scène internationale, préférant concentrer ses efforts sur le nation building at home.
Le salut par les armes ? Défense européenne et relance de l’Union
L’Europe se trouve aujourd’hui confrontée à un environnement géostratégique complexe au cœur duquel émerge, sous l’effet d’un terrorisme renouvelé, un véritable continuum entre les problématiques de sécurité et de défense. Face à ce constat inquiétant, la tentation du repli national est particulièrement vive. La mise en œuvre d’une sécurité collective est pourtant plus que jamais nécessaire, et elle doit s’appuyer, pour réussir, sur des solutions pragmatiques.