Rohingya : une sortie de crise est-elle possible ?
Le dossier rohingya renvoie à une histoire nationale et régionale complexe. La marginalisation, l’exclusion des Rohingya des communautés formant le Myanmar, s’aggravent encore avec la crise de l’été 2017. L’attitude du pouvoir birman traduit surtout la dominance de l’armée, qui s’assure du soutien du courant le plus nationaliste. L’ASEAN a, dans cette crise, surtout montré son inefficacité. Et l’ONU n’a pu dépasser le blocage chinois. Pour l’heure, nulle solution durable n’apparaît proche.
Le 25 août 2018, des milliers de réfugiés Rohingya installés dans le camp de Kutupalong au Bangladesh, ont manifesté pour réclamer justice un an après leur fuite massive pour échapper aux persécutions commises à leur égard au Myanmar. Un drame passé au second plan de l’actualité, alors qu’aucune solution durable n’a été trouvée. Le scénario était identique lors des crises précédentes ; à chaque tension, un nouveau palier de violence est atteint. Pour cette dernière crise, l’Organisation des Nations unies (ONU) utilise, dans un rapport paru fin août 2018, le terme de « génocide ».
Le dossier des Rohingya est ancien et complexe, et devient au fil des crises plus politique et émotionnel. C’est dire la difficulté à trouver aujourd’hui une solution satisfaisante pour l’ensemble des parties. Non seulement la crise a des ressorts internes très particuliers, mais les États de la région ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) et les puissances extérieures, notamment la Chine, font pression en faveur de telle ou telle option.
Une situation étonnamment complexe
On ne peut mesurer la difficulté du dossier qu’à l’aune de sa complexité. Pour bien comprendre les méandres de la situation, il faut se référer à la fois à une carte géographique et à une frise historique : les malentendus, amalgames et virages mal négociés s’étalent sur plusieurs siècles.
Qui sont les Rohingya ?
Peuple indo-aryen installé dans l’espace bengalo-arakanais autour du Ve siècle, les Rohingya se mêlent aux populations locales ; ils se convertissent massivement à l’islam autour du xve siècle. Après la formation du royaume bouddhiste d’Arakan (1431-1785), ils sont utilisés comme relais pour le commerce avec le sous-continent indien, ou comme main-d’œuvre pour l’exploitation des ressources locales. La royauté arakanaise de Mrauk-U (la capitale) incorpore à sa culture des éléments musulmans sans que cela pose problème. […]
PLAN
- Une situation étonnamment complexe
- Qui sont les Rohingya ? - La double discrimination
- De crise en crise
- L’escalade des tensions et la spirale de la violence
- La grande crise de l’été 2017 : un seuil traumatique - Les ambiguïtés du pouvoir
- Aung San Suu Kyi et les limites du pouvoir
- Qui détient le pouvoir au Myanmar ? - Une communauté internationale divisée
- L’Asie du Sud-Est
- L’ONU et la communauté internationale
- « Sans la Chine » : une communauté internationale impuissante
Sophie Boisseau du Rocher est chercheur associé au Centre Asie de l’Ifri.
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Les débats contemporains sur « la fin des États »
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Danser avec les États
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