« L'épopée de Lady Liberty » ︱ La lumière du New Deal
Entre le New Deal de Roosevelt, la Seconde Guerre mondiale et la réouverture des frontières, le monument new-yorkais traverse les transformations profondes de la société américaine et devient progressivement le symbole universel de l'immigration et de la liberté. Retour sur l'apogée de Lady Liberty.
Avec :
- Laurence Nardon, docteure en science politique, responsable du programme Amériques de l'Ifri (Institut Français des Relations Internationales)
- Romain Huret, historien des États-Unis, président de l’EHESS
- Renaud Meltz, historien
Lady Liberty continue d'accompagner les transformations majeures de la société américaine, et entre 1933 et 1965, ils sont nombreux. Minés par une grande dépression économique, les États-Unis végètent. Mais Roosevelt va rallumer le flambeau et redonner de l'éclat à Lady Liberty. Les bouleversements du XXᵉ siècle américain permettent finalement à la statue de la Liberté de devenir l'incarnation du monde libre.
Roosevelt rallume la lumière de la Liberté
Lorsque Franklin Roosevelt accède à la présidence en mars 1933, les États-Unis sont plongés dans la Grande Dépression. Un quart de la population active est au chômage, l'investissement est tombé à zéro. Le nouveau président démocrate promet une "nouvelle donne" – un New Deal – au peuple américain oublié par douze ans de gouvernement républicain. Il rompt radicalement avec le laisser-faire économique des années 1920, et met alors en place des dispositifs révolutionnaires : sécurité sociale, négociations collectives, légitimation des syndicats, grands travaux publics. L'État fédéral devient pour la première fois un véritable acteur économique et social.
En octobre 1936, Roosevelt célèbre le cinquantième anniversaire de la statue dans un discours solennel où il vante les mérites de l'immigration et élargit la nation américaine aux minorités. Ce discours comporte néanmoins une dimension paradoxale : depuis la loi de 1924, les frontières américaines sont fermées et pratiquement aucune immigration n'est autorisée.
La statue devient l'étendard de la lutte contre les totalitarismes
Après l'attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, les États-Unis entrent en guerre. La Statue de la Liberté devient alors un puissant symbole contre les totalitarismes. La Résistance française la revendique dans ses messages radiodiffusés depuis Londres, qui célèbrent ce symbole de l'amitié franco-américaine et de l'idéal commun pour lequel les deux peuples combattent. À l'inverse, le régime de Vichy méprise profondément la statue, perçue comme le symbole d'une République libérale honnie. Cette aversion va jusqu'à la destruction : plusieurs répliques françaises de la statue sont démontées et fondues sous Vichy.
Après la victoire des Alliés, la statue prend une dimension nouvelle. New York devient symboliquement le centre du monde et Lady Liberty son phare. Soixante-dix ans après son inauguration, le rêve de Bartholdi se réalise : elle éclaire véritablement le monde. Les États-Unis, désormais puissance hégémonique, entendent imposer leur modèle républicain à l'échelle planétaire.
Le renouveau du symbole
En octobre 1965, Lyndon B. Johnson abolit les quotas migratoires instaurés en 1924 et interdit toute discrimination fondée sur la race, le sexe ou la nationalité. Pour ratifier cette loi historique, il choisit délibérément Liberty Island (nouveau nom de Bedloe's Island). Dans son discours, il affirme que désormais, ceux qui souhaitent immigrer seront admis sur la base de leurs compétences et de leurs liens avec ceux qui vivent déjà aux États-Unis. Le retour de l'immigration de masse change profondément le pays.
Le modèle du "melting pot" du XIXᵉ siècle, qui imposait aux arrivants de se fondre dans une identité commune, laisse place depuis les années 1960 à une Amérique multiculturelle respectueuse des identités d'origine. Cette diversité, célébrée dans les années 1960 comme un enrichissement, est aujourd'hui remise en cause par les courants conservateurs qui veulent revenir à une Amérique culturellement homogène, illustrant les tensions qui traversent le pays au XXIᵉ siècle.
> Écouter le podcast sur le site de Radio France.
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