En Saxe-Anhalt, la victoire "d'un programme qui va bien au-delà de ce que font les partis populistes en Europe"
Ce n'est qu'une toute petite région allemande, mais elle fait grand bruit ce matin : la Saxe-Anhalt, où l'extrême droite vient de remporter une victoire écrasante avec 44% des suffrages, un camouflet pour le chancelier conservateur Friedrich Merz. Paul Maurice de l'Ifri analyse avec nous ce résultat.
Le parti vainqueur, l'AfD, parle d'une victoire historique, et pour Paul Maurice, "effectivement, elle l'est". "Il y a des effets au-delà de cette toute petite région allemande (2,1 millions d'habitants) jusqu'en France, on a même vu cette nuit Elon Musk féliciter le candidat Ulrich Siegmund. Donc on a une portée qui va bien au-delà des frontières de la Saxe-Anhalt, et de l'Allemagne, voire de l'Europe. On a un parti qui réussit historiquement à arriver en tête, et très largement en tête, cela aura des répercussions très fortes dans de nombreux domaines, en France aussi."
"Une grande capacité à mobiliser de nouveaux électeurs"
Pas sûr cependant que l'AfD puisse diriger la région, en tout cas il ne pourra sans doute pas le faire seul. Quant à un potentiel barrage républicain, il est assez illusoire.
"En Allemagne, en général, on gouverne avec des coalitions, et il est assez rare qu'un seul parti arrive en tête tout seul et puisse avoir une majorité absolue en sièges dans les parlements régionaux. En l'occurrence, ce parti a 39 sièges et la majorité absolue est fixée à 42, ce qui est énorme par rapport à ce que l'on voit habituellement en Allemagne. La dernière coalition réunissait trois partis : les chrétiens démocrates, les sociodémocrates et les libéraux. Ça dépendra surtout de la capacité de tous les opposants, de l'extrême-gauche jusqu'aux chrétiens démocrates, jusqu'à la droite, à s'opposer à Ulrich Siegmund, donc à voter pour un candidat unique, ce qui va être très compliqué."
- Comment expliquer cette percée de l'extrême droite ? Est-ce une percée de l'AfD ou une déroute des conservateurs ?
"Un peu les deux, parce que quand on regarde le poids de cet électorat, les 44% pour l'AfD, il y a une très grande partie, plus de 150 000 personnes, qui viennent des abstentionnistes. Il y a une capacité de l'AFD à mobiliser des nouveaux électeurs, des gens qui n'avaient jamais voté de leur vie peut-être et qui ont voté pour l'AfD. L'autre grande partie des électeurs, ce sont d'anciens électeurs conservateurs : les chrétiens démocrates perdent 20%, majoritairement au profit de l'AfD."
"Un programme extrêmement radical, avec des idéologues néo-nazis"
L'AfD propose un programme notamment russophile et pro-Trump, mais "ce ne sont pas les thématiques principales qui ont porté".
"La question du lien à la Russie n'a pas été une question centrale pendant la campagne, puisque la compétence d'un Land n'est pas celle de la politique étrangère. La sécurité intérieure est arrivée en tête de la préoccupation des électeurs. M. Siegmund a promis de renvoyer les migrants, ce n'est pas de sa compétence, mais il a promis de couper les aides pour l'accueil aux migrants, par exemple. Et on sait qu'il avait fait partie de cette fameuse réunion qui avait provoqué la rupture de l'AfD avec le Rassemblement national à Potsdam en 2023, en prônant la rémigration même de citoyens allemands d'origine étrangère vers leur pays. Ce programme de l'AfD est un programme extrêmement radical, avec des idéologues néo-nazis, il faut les appeler comme ça, au sein du parti.
C'est vraiment un programme de rupture d'extrême droite : est-ce qu'il pourrait être mis en œuvre ?, ça c'est une autre question, est-ce qu'il pourrait être financé ?, c'est encore une autre question, mais c'est un vrai programme qui va bien au-delà de ce que font les partis populistes en Europe."
>Ecouter l'interview sur le site de France Inter
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