IA : la confrontation Etats-Unis/Chine
Alors que Xi Jinping est attendu à la Maison Blanche le 24 septembre, la rivalité technologique entre les Etats-Unis et la Chine est plus que jamais au coeur des débats sur l'IA. Comment comprendre les annonces récentes des géants de la tech ? Quel impact sur la campagne des midterms ? Invités d' "Affaires Etrangères" sur France Culture, Mathilde Velliet, chercheuse au Centre géopolitique des technologies de l'Ifri, et Julien Nocetti, chercheur associé au Centre géopolitique des technologies et au Centre Russie/Eurasie de l'Ifri interviennent aux côtés d'autres experts pour décrypter cette actualité.
Depuis quelques jours, à coup de prophéties, d’incidents à répétition, de démissions fracassantes et d’appels urgents à la régulation, le récit d’une apocalypse provoquée par l’IA s’accélère au rythme de ses progrès spectaculaires. Les trois mastodontes du secteur, Dario Amodei d’Anthropic, Sam Altman d’OpenAI et Elon Musk, pour une fois d’accord alors qu’ils sont concurrents et parfois se détestent, viennent à l’unisson d’en appeler au contrôle, sinon au ralentissement d’une technologie érigée en mutation systémique.
Conspiration malsaine, vocifère aussitôt Donald Trump, pas besoin de régulation, il suffit d’un président fort, au quotient intellectuel élevé, lui bien sûr, et il faut gagner contre la Chine !
Quels que soient l’intérêt philosophique du débat, la validité des arguments des dirigeants en question - mêlés de sincérité mais aussi de cynisme mercantile en plein emballement des marchés financiers, la problématique s’inscrit dans la compétition frontale entre les Etats-Unis et la Chine.
Les premiers entendent maintenir leur supériorité en fermant l’accès aux systèmes de codage et en restreignant l’exportation des semi-conducteurs de pointe, la seconde propose des modèles dits à poids ouverts, moins chers, gagnants partout en parts de marché, pratiquant volontiers la distillation, c’est-à-dire l’exploitation illicite des systèmes américains.
Trump-Xi, le rapport de force
Il ne s’agit pas seulement d’enjeux technologiques et commerciaux, mais aussi de sécurité et de souveraineté aux applications militaires évidentes. Le président chinois doit se rendre à Washington jeudi prochain, une visite d’Etat à laquelle Donald Trump entend donner l’ampleur et la munificence dignes de la grande amitié qui, selon lui, les unit. Jusqu’où les enjeux liés à l’IA vont-ils occuper leurs échanges ?
Xi Jinping présente volontiers le modèle chinois comme un bien public mondial, offert à ses partenaires - à condition bien sûr de respecter les valeurs et les interdits du parti communiste. Son ministre de la sécurité, qui s’exprime rarement, vient de mettre en garde contre le risque accru de guerre cognitive. Les deux chefs d’Etat pourraient-ils s’accorder sur des garde-fous, sinon un système commun de régulation ?
Au cœur des discussions, la préservation et sans doute la prolongation de la trêve commerciale négociée en octobre dernier, quand Xi Jinping, la main sur les terres rares et autres métaux critiques, avait gagné le bras de fer des droits de douane imprudemment engagé par le président américain.
La rencontre intervient à six semaines des élections de mi-mandat, au moment où l’opinion publique américaine, et notamment les jeunes, semble se rebiffer contre l’IA, les menaces sur l’emploi, la prolifération des datacenters, sans oublier l’inflation et les prix des carburants à la pompe. Dans un tel climat, quel impact sur la campagne électorale ?
Au-delà du faste doré de la Maison Blanche, Donald Trump a-t-il la moindre marge de manœuvre face à Xi Jinping?
>> Réécouter l'émission sur le site de France Culture.
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