Du désordre comme art de gouverner. La rébellion Kamwina Nsapu, un symbole du mal congolais
Situées dans la partie sud-ouest du pays, les provinces des Kasaï ne font pas partie des zones d’attention de la communauté internationale en République démocratique du Congo.
Depuis le début du siècle, le complexe humanitaro-onusien est situé dans la partie orientale de la RDC et plus particulièrement dans les provinces du Sud et Nord-Kivu.
Le fait que les Kasaï soient enclavés, hors du champ d’intérêt de la communauté internationale, a fortement contribué au développement de ce qui est maintenant devenu une crise majeure tant sur le plan humanitaire que sur le plan politique. Il aura fallu l’assassinat de deux experts des Nations unies dans la province du Kasaï central en mars 2017 (Michael Sharp et Zaida Catalán) pour que la tragédie des Kasaï attire l’attention de la communauté internationale. Pourtant les massacres ont débuté bien avant cela. En effet, la crise a débuté en juillet 2016 par des violences policières contre la famille du chef traditionnel luba Jean Prince Mpandi, le Kamwina Nsapu, lors d’une perquisition à son domicile. Cet incident est le point de départ d’une série de représailles entre partisans du Kamwina Nsapu et forces gouvernementales, sur fond de revendications coutumières. Comme souvent, le régime a répondu à cette contestation locale par une répression brutale : depuis août 2016, 1,3 million de personnes a dû quitter les provinces du Kasaï, parmi lesquelles plus de 600 000 enfants. Cinquante-deux fosses communes ont été localisées et selon l’Église catholique, plus de 3 000 personnes auraient été tuées.
Si la localisation de cette crise est inédite (les Kasaï ont été assez largement épargnés par les guerres de succession post-mobutiste), ses modalités sont au contraire très familières. Cette crise sécuritaire provoque une crise humanitaire dans une région oubliée mais importante du pays, et permet de justifier un report des élections présidentielles, notamment le maintien du président Kabila au pouvoir.
La crise au Kasaï met en lumière la stratégie d’instrumentalisation de l’insécurité du gouvernement de Joseph Kabila, et rappelle fortement les manœuvres de Mobutu dans les années 1990.
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