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Avec sa stratégie de domination productiviste, la Chine bouleverse le commerce international. Son modèle contraste avec les économies libérales occidentales et pose des défis majeurs pour l'équilibre global, analysent Sébastien Jean, professeur au CNAM, et Jean-Pierre Landau, ancien sous-gouverneur de la Banque de France.

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Terminal de conteneurs au port de Shenzhen, Chine - 22 mai 2026
Terminal de conteneurs au port de Shenzhen, Chine - 22 mai 2026
Artem Evdokimov / Shutterstock
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Les déséquilibres internationaux reviennent au premier plan avec la progression rapide des exportations de la Chine et de ses excédents extérieurs. L'analyse la plus répandue, notamment par le FMI, y voit le symptôme d'une mauvaise coordination macroéconomique et formule en réponse trois préconisations : la Chine devrait consommer davantage, l'Europe investir plus et les Etats-Unis réduire leur déficit budgétaire. Ce n'est pas faux, mais c'est ignorer que ces déséquilibres sont loin d'être seulement une question de mauvais dosages macroéconomiques : ils reflètent des stratégies économiques profondément différentes et difficilement conciliables.

Lorsque la Chine est entrée dans l'OMC, beaucoup pensaient que son modèle convergerait vers celui des économies occidentales. Cela ne s'est pas produit. Avec une croissance spectaculaire, la Chine a conservé - et même renforcé - un modèle distinct. Contrairement à la conception libérale du commerce international, l'objectif ultime de la stratégie chinoise n'est pas l'amélioration du bien- être de ses consommateurs ; c'est un objectif de production, visant à garantir l'autosuffisance dans les secteurs essentiels, puis à établir une supériorité industrielle et technologique dans le plus grand nombre possible d'activités. C'est l'orientation affirmée dès 2015 dans le programme « Made in China 2025 » et confirmée dans le récent 15e plan.

Exploitation des effets de taille

Cette stratégie repose sur l'exploitation systématique des effets de taille, des effets d'apprentissage et des processus cumulatifs qui en découlent. Les premiers succès en engendrent d'autres, les avantages concurrentiels se construisent, puis se consolident et deviennent difficiles à renverser. Les véhicules électriques, les batteries et les panneaux solaires illustrent aujourd'hui cette dynamique. Pour obtenir les effets d'échelle et la domination qui en résulte, la conquête de parts de marché mondiales est une condition nécessaire. Les surcapacités temporaires sont un prix à payer pour atteindre la taille critique, éliminer des concurrents et s'imposer durablement dans les secteurs jugés stratégiques.

Cette politique impose cependant des sacrifices. Elle repose pour la Chine sur un double transfert. D'abord, à l'intérieur de l'économie chinoise, il faut orienter les ressources vers le secteur productif. Cela implique, symétriquement, d'en laisser moins aux ménages, avec un pouvoir d'achat et une consommation plus faibles qu'ils ne le seraient autrement. Le système financier, les subventions, la politique de change et les mouvements de capitaux sont assujettis aux objectifs de production.

Des atouts considérables

Le second transfert s'opère vers l'extérieur. Les consommateurs étrangers bénéficient des prix très bas des produits chinois. Dans l'immédiat, c'est un gain, subventionné par les contribuables et les travailleurs chinois. Mais cet avantage se paie ensuite par la disparition de capacités industrielles, la perte de compétences et une dépendance accrue vis-à-vis de l'étranger : pour ses partenaires, cette dynamique est inacceptable.

Le défi est désormais de gérer la coexistence de modèles économiques différents, alors même que le système commercial multilatéral est très affaibli et que le monde est dominé par les rapports de force et les logiques transactionnelles. Dans ce monde, la Chine dispose d'atouts considérables : la taille de son marché et son contrôle de nombreux minerais stratégiques.

A court terme, les pays du G7 doivent limiter leurs dépendances, mais ils devraient aussi conjointement pousser à une réévaluation du yuan, dont le taux de change est directement administré. A plus long terme, l'encadrement des subventions, de l'accès aux marchés et des transferts de technologie doit être à la fois plus efficace et plus étroitement lié à la surveillance macroéconomique. On ne peut plus gérer les relations internationales comme si tous les grands acteurs relevaient de systèmes économiques similaires.

Citations Auteurs

Le défi est de gérer la coexistence de modèles économiques différents, alors que le système commercial multilatéral est très affaibli et que le monde est dominé par les rapports de force et les logiques transactionnelles.

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À lire sur le site des Echos.

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Sébastien JEAN

Sébastien JEAN

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Directeur associé de l'Initiative géoéconomie et géofinance de l'Ifri

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