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Entretien avec Marc Hecker, directeur exécutif de l'Ifri et rédacteur en chef de la revue Politique étrangère

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Alors que nous allons commémorer les vingt-cinq ans des attentats du 11 septembre 2001, il convient de s’interroger sur l’évolution du terrorisme, notamment djihadiste. 

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Marc Hecker
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Comment le djihadisme se reconfigure-t-il aujourd’hui, et quel rôle les théâtres sahéliens ou asiatiques peuvent-ils jouer dans cette recomposition ?

 

Pour suivre ces évolutions, il est utile de lire les rapports publiés deux fois par an par le comité onusien chargé du suivi des sanctions à l’égard de Daech et al-Qaïda. Le rapport le plus récent est sorti en août 2026.

L’une des grandes évolutions de ces dernières années est le déplacement vers le sud du centre de gravité de la mouvance djihadiste, avec une présence particulièrement importante en Afrique.

Le théâtre sahélien est évidemment à suivre de très près. Les développements sont très inquiétants et les spirales de violence n’ont pas été enrayées. La fin de l’opération Barkhane n’a rien changé à cette dynamique ; on a plutôt assisté à une accélération des violences.

 

On y retrouve notamment le JNIM, lié à Al-Qaïda, qui a multiplié les opérations, parfois très audacieuses et de grande ampleur. L’un des développements importants de la période récente est son rapprochement avec des militants de l’Azawad, dans le nord du Mali. Cela a permis au groupe de conduire des opérations particulièrement meurtrières contre l’armée malienne, ainsi que des actions de grande ampleur, notamment autour de Bamako (imposition d’un blocus, attaque contre l’aéroport, opération contre le camp de Kati qui a coûté la vie au ministre de la Défense, etc). Ces développements posent la question, à terme, de la capacité de ces groupes à peser directement sur la trajectoire politique du pays et, éventuellement, à imposer leurs normes.

L’autre grand acteur dans la région est l’État islamique au Sahel. Le rapport de l’ONU fait état d’un nombre très important d’attaques au cours du premier semestre, avec notamment une opération spectaculaire contre l’aéroport de Niamey. On observe aussi des liens avec le deuxième grand front africain, celui du bassin du lac Tchad, où l’on retrouve notamment l’ISWAP ainsi que d’autres factions issues de Boko Haram. Là aussi, la spirale de violence est impressionnante, avec beaucoup d’enlèvements contre rançon, tandis que les États semblent parfois dépassés.

 

Il y a malgré tout régulièrement des réussites tactiques en matière de contre-terrorisme. Au Nigeria, par exemple, la coopération avec les États-Unis a permis des opérations qui ont conduit à la mort en mai 2026 d’un cadre important de l’État islamique, Abu Bakr al-Mainuki. Mais ces succès ponctuels ne signifient pas que les dynamiques de violence sont enrayées.

 

Il faut également regarder l’Afrique de l’Est. L’État islamique y est présent, notamment au Puntland, et il y a eu des opérations de contre-terrorisme avec une implication américaine. Mais le principal acteur djihadiste de la région reste Al-Shabaab, lié à Al-Qaïda, qui dispose de milliers de combattants et de moyens beaucoup plus importants.

 

Pour le moment, on n’observe pas de « terrorisme projeté » des théâtres africain jusqu’à l’Europe, mais la vigilance est évidemment de mise.

 

Le rapport des Nations unies mentionne par ailleurs des liens assez surprenants entre Al-Shabaab et les Houthis au Yémen. Ce sont des coopérations qui ne vont pas forcément de soi sur le plan idéologique, mais qui peuvent relever de logiques pragmatiques. Et au Yémen, il faut évidemment continuer à suivre Al-Qaïda dans la péninsule Arabique, qui est toujours considérée comme la branche d’Al-Qaïda la plus désireuse de commettre des attentats contre les pays occidentaux. Le groupe continue notamment à appeler à des attaques individuelles ou de plus grande ampleur.

 

Autre théâtre historique qu’il faut continuer à suivre de près : la zone Afghanistan-Pakistan. L’État islamique au Khorassan a réussi à conduire des opérations extérieures, notamment en Russie et en Iran en 2024. Le groupe a depuis été en partie entravé, notamment dans sa capacité à conduire des actions en Europe. Des opérations d’entrave ont également visé ses réseaux financiers, notamment en Turquie. Il reste néanmoins présent et fort de quelques milliers de partisans. L’État islamique au Khorassan a également réussi à commettre des attentats en Afghanistan même, notamment à Kaboul. L’un d’eux, en janvier 2026, a visé un restaurant fréquenté par des ressortissants chinois, ce qui est intéressant à observer compte tenu de la présence croissante de la Chine dans la région.

 

Il faut aussi suivre les talibans pakistanais, le TTP, qui conduisent depuis l’Afghanistan de nombreuses attaques au Pakistan. La situation entre les deux pays est extrêmement volatile et a conduit à une dynamique qui s’apparente désormais à une véritable confrontation ouverte.

 

S’agissant des combattants occidentaux, il n’y a pas aujourd’hui de mouvement massif vers une zone particulière. Il y a eu quelques arrestations de personnes qui souhaitaient partir vers l’Afghanistan, la Syrie ou l’Afrique. Cela existe donc toujours, mais à une échelle très différente de celle que l’on pouvait observer autour de 2012, 2013 ou 2014.

 

On est aujourd’hui dans une ère différente. L’idéologie est toujours là, il y a toujours des volontaires et il faut donc continuer à suivre le phénomène. Mais il n’y a plus cette mobilisation massive et visible. Les personnes qui ne sont pas arrêtées font, pour le moment, profil bas et ne s’affichent plus dans des vidéos de propagande comme cela pouvait être le cas auparavant.

 

C’est aussi pour cela qu’il faut regarder les signaux faibles. J’ai vu récemment, dans des sources ouvertes, le cas d’un ressortissant britannique qui voulait partir en Somalie et dont les échanges avec des recruteurs auraient été facilités par l’intelligence artificielle, avec notamment l’utilisation d’un chatbot pour pousser les recrues potentielles dans leurs retranchements et évaluer leur sérieux ou les risques d’infiltration. Je le cite avec beaucoup de prudence, parce que je n’ai pas pu vérifier cette information, mais c’est typiquement le genre de signal qu’il faut continuer à observer, car les djihadistes ont été, au cours des trente dernières années, prompts à s’adapter aux évolutions technologiques. Le rapport de l’ONU note d’ailleurs que même dans les coins les plus reculés d’Afrique, des djihadistes utilisent des drones, des communications satellitaires ou encore des cryptomonnaies.

 

Enfin, il ne faut pas oublier la Syrie à cette recomposition. C’est un théâtre qui est en train de s’ouvrir à nouveau pour les chercheurs et qui doit évidemment être suivi compte tenu des évolutions politiques survenues depuis la chute du régime de Bashar el-Assad et de leurs conséquences, notamment sur la situation des camps de prisonniers dans le nord-est du pays.

 

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Le Chronoscope

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Marc HECKER

Marc HECKER

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Directeur exécutif de l'Ifri, rédacteur en chef de Politique étrangère et chercheur au Centre des études de sécurité de l'Ifri