Rechercher sur Ifri.org

À propos de l'Ifri

Recherches fréquentes

Suggestions

Etats-Unis, 250 ans de démocratie (1/6) « La démocratie américaine, bâtie à partir de 1776, est un modèle pour le monde »

Interventions médiatiques |

tribune dans

  La Croix 

 
Accroche

Dans son article, Laurence Nardon, responsable du programme Amériques de l’Ifri, revient sur l'héritage démocratique des États-Unis à l'occasion du 250ᵉ anniversaire de la Déclaration d'indépendance. Elle montre comment ce modèle politique, malgré ses contradictions et les défis posés aujourd'hui par le trumpisme, a profondément influencé les démocraties libérales à travers le monde.

Image principale médiatique
Déclaration d'indépendance des États-Unis reproduite sur le billet de 2 dollars américain
Déclaration d'indépendance des États-Unis reproduite sur le billet de 2 dollars américain
Janusz Pienkowski/Shutterstock
Table des matières
Table des matières
body

Malmenés par le trumpisme, qu’ils devront surmonter, les États-Unis ont été le laboratoire d’une démocratie libérale qui a fonctionné efficacement jusqu’à aujourd’hui. Celle-ci a inspiré le reste du monde, depuis la Déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776, estime Laurence Nardon.

Ce samedi, les États-Unis célébreront le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance, proclamée à Philadelphie le 4 juillet 1776. Au centre de la fête cette année, le président Donald Trump, 45e puis 47e successeur de George Washington, qui pour ses détracteurs menace la démocratie américaine par son projet populiste, son goût du profit et son imprévisibilité…

Mais le temps de cet article, concentrons-nous sur les aspects positifs de ce que le modèle américain a apporté au monde depuis 1776. Rédigée en grande partie par Thomas Jefferson, la Déclaration d’indépendance pose des principes révolutionnaires pour l’époque. Elle affirme l’existence de droits humains inaliénables et universels, parmi lesquels figurent la vie, la liberté et la poursuite du bonheur.

Le tournant de la Constitution de 1787

De même, elle pose l’existence d’un contrat social entre les peuples et leurs gouvernements. Lorsque ces derniers portent atteinte à ces droits fondamentaux, les citoyens ont le droit, voire le devoir, de se révolter. C’est parce que le roi George III maltraite les colons des treize colonies que ces dernières se déclarent indépendantes. Elles vont s’émanciper de la métropole au terme d’une guerre de libération de plusieurs années (à laquelle la France a pris une part décisive).
C’est avec la Constitution de 1787 que le système institutionnel américain est ensuite mis en place. Les États-Unis seront une république, dotée d’un président élu et d’institutions dont les interactions et prérogatives respectives obéissent au principe de la séparation des pouvoirs (ou freins et contrepoids, checks and balances).

L’objectif est d’assurer la liberté, la prospérité et le bonheur de tous les citoyens. La déclaration des droits (bill of rights) est ajoutée sous forme de dix amendements ratifiés en 1791. Ils garantissent les libertés individuelles (liberté de culte, d’expression, de réunion), le droit de port d’arme, l’encadrement des pouvoirs judiciaires, et garantissent les droits des états fédérés par rapport au gouvernement fédéral.
Les pères fondateurs mettent ainsi en œuvre un système politique inspiré des idées des Lumières, une démocratie libérale dont un aspect remarquable est qu’elle a fonctionné sans interruption jusqu’à aujourd’hui. Ce projet va influencer le monde entier, à commencer par les révolutionnaires français de 1789.

Soft power américain

Dès 1786, dans De l’influence de la révolution d’Amérique sur l’Europe, Condorcet présentait les événements d’outre-Atlantique comme un modèle à suivre. Le soft power américain est en marche, avant même que le terme n’existe. Il le sera encore plus à partir du XXe siècle, lorsque les États-Unis, devenus grande puissance, se dressent contre le totalitarisme puis le communisme, s’efforçant de diffuser la démocratie, les droits de l’homme et l’économie de marché.

Ce modèle est pourtant très imparfait. Les Amérindiens spoliés de leurs terres, les Afro-Américains réduits en esclavage, les femmes cantonnées à des rôles de second plan… : tous sont longtemps exclus de la vie politique. De même, si la présence américaine dans le monde affiche des intentions vertueuses, ces dernières ne sont pas toujours réalisées. Faut-il voir dans cette dissonance une hypocrisie ou une impuissance ? Comment le projet démocratique américain doit-il être évalué ?

Deux pas en avant, un pas en arrière

Le premier élément de réponse tient au fait que les pères fondateurs n’ont jamais revendiqué la perfection de leur modèle. Au contraire, George Washington parle, à propos de la jeune république, d’un « great experiment », une grande expérimentation.

L’expression sera reprise par Tocqueville : la démocratie américaine est une expérience en cours, toujours en train d’évoluer. Le politiste E. J. Dionne, éditorialiste au New York Times, évoque aujourd’hui une logique de « deux pas en avant, un pas en arrière » pour expliquer les évolutions politiques et morales du pays.

Aucun sujet n’illustre mieux ce mode d’évolution non linéaire que la condition des Afro-Américains. Les constituants de 1787 avaient dû se résoudre à un compromis sur la question de l’esclavage. C’était la condition pour que les colonies du Sud acceptent d’entrer dans l’Union.

Mais les mouvements abolitionnistes prennent de l’ampleur et, au terme d’une guerre fratricide entre 1860 et 1865, obtiennent la libération de 4 millions de personnes. La ségrégation mise en place dans les années 1880 sera elle-même mise à bas avec le puissant mouvement des droits civiques dans les années 1960.

Une ambivalence similaire se fait jour en politique étrangère. L’on doit déplorer des ingérences très peu éthiques en Amérique latine, depuis les conquêtes et annexions des années 1890 jusqu’à l’enlèvement de Nicolas Maduro à Caracas en janvier 2026, en passant par le soutien au coup d’État au Chili en 1973.

Une société civile particulièrement active

Cependant, il faut aussi célébrer un plan Marshall qui finance généreusement la reconstruction des pays détruits par la guerre, aussi bien alliés qu’anciens ennemis, afin d’assurer leur retour à la démocratie politique et à la prospérité économique.

Ce qui rend possibles ces allers et retours entre vertu et noirceur – et, peut-être, une évolution positive du modèle américain sur le long terme –, c’est la capacité du système politique à se corriger lui-même au fil du temps. Les présidents et leurs administrations doivent répondre de leurs choix et de leurs actes. Les citoyens américains disposent de la liberté d’expression pour les critiquer ; du droit de vote pour obtenir des alternances régulières ; ainsi que de tribunaux indépendants pour censurer, le cas échéant, des décisions illégales ou inconstitutionnelles.

À cela s’ajoute une société civile particulièrement active, capable de porter ses revendications et de peser efficacement sur le débat public.

Ces mécanismes de responsabilité et de contre-pouvoir sont inscrits au cœur même du système américain. Ils n’empêchent ni les erreurs ni les injustices, mais ils offrent les moyens de les dénoncer, de les corriger et, parfois, de les dépasser. C’est pourquoi les optimistes estiment que le moment trumpiste que traverse le pays aujourd’hui finira lui aussi par être surmonté.
 

Lire la tribune sur le site de La Croix.

Decoration

Média

Nom du journal, revue ou émission
La Croix

Format

Catégorie journalistique
Article

Partager

Decoration
Auteurs
Photo
Laurence NARDON

Laurence NARDON

Intitulé du poste

Responsable du Programme Amériques de l'Ifri

Crédits image de la page
Déclaration d'indépendance des États-Unis reproduite sur le billet de 2 dollars américain
Janusz Pienkowski/Shutterstock