Héloïse Fayet, spécialiste des questions nucléaires : « L’adhésion de la Finlande démontre la crédibilité de l’initiative française de dissuasion avancée »
À ce jour, dix pays ont rejoint le partenariat proposé début mars par Emmanuel Macron afin de développer des exercices et des consultations stratégiques entre Européens. Chercheuse à l’Institut français des relations internationales, spécialiste des questions nucléaires, Héloïse Fayet commente la montée en puissance du partenariat proposé par le président de la République.
LE FIGARO. - Avec la Finlande, ce sont désormais dix États qui ont décidé de rejoindre l’initiative française dissuasion avancée. De quoi témoigne cet engouement ?
HÉLOÏSE FAYET. - Il démontre la crédibilité de la proposition française. Après les huit pays qui s’y étaient associés d’emblée et la Norvège qui les a imités en mai dernier, la décision des autorités finlandaises indique qu’elles ont eu de bons échos de cette initiative. Elles comprennent l’intérêt de faire partie d’une sorte de nouvelle communauté de dissuasion, au sein de l’Otan et sur le continent européen. Leur décision constitue l’aboutissement de débats qui ont mobilisé les dirigeants finlandais ainsi que la société civile, au terme desquels la loi a été modifiée pour permettre le transport d'armes nucléaires sur leur territoire.
Comment les autorités ont-elles convaincu leur opinion publique, alors que celle-ci est traditionnellement hostile à la prolifération nucléaire ?
Elles ont mené un travail de sensibilisation assez subtil, sous l’autorité du président Alexander Stubb, pour expliquer ce en quoi consiste la dissuasion avancée, ce qu’elle n’est pas et ce qu’elle pourra apporter à la Finlande. L’influence des autres pays nordiques, qui avaient déjà adhéré à l’initiative française, a sans doute joué. Enfin, je pense que l’attitude des États-Unis a dû peser dans le débat. Car s’il est bien clair que la dissuasion avancée française n’a pas vocation à remplacer celle de l’Otan, on voit bien que le manque de fiabilité de Donald Trump continue d’être un sujet de préoccupation. Je n’exclus d’ailleurs pas que les rumeurs de retrait de forces américaines de Pologne et des pays Baltes aient contribué à faire tomber un tabou.
Qu’attendent concrètement ces dix pays de leur participation à l’initiative française ?
Leurs gouvernements insistent sur le fait que celle-ci est complémentaire de la dissuasion nucléaire de l’Otan. Ils soulignent en outre que son objet n’est pas d’étendre le parapluie nucléaire français à la Finlande ou à la Suède, mais d’établir une coopération globale sur un pied d’égalité. Celle-ci intégrera des partenariats dans les domaines de la gestion de l’escalade, des frappes dans la profondeur, de la coopération de défense… et de la dissuasion avancée. L’adhésion récente de la Norvège à cette initiative s’est ainsi accompagnée d’un renforcement de la coopération stratégique entre nos deux nations dans divers domaines. De la même façon, chaque pays s’attache à montrer ce qu’il peut apporter à ce partenariat – par exemple en partageant une expertise sur la Russie ou en offrant un accès au Grand Nord.
Texte citation
« Déployer des Rafales avec des armes nucléaires sur le territoire de la Finlande offrirait, le cas échéant, des options supplémentaires de signalement vis-à-vis de la Russie. »
Chercheuse, responsable du programme dissuasion et prolifération, Centre des études de sécurité de l'Ifri
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