Immigration, défense, nucléaire... pourquoi l'Allemagne se tourne dorénavant vers l'Italie plutôt que la France
Le rapprochement entre l'Italie et l'Allemagne se renforce avec un "plan d'action" bilatéral. Berlin et Rome convergent sur l'immigration et la défense, tandis que Paris reste en retrait. Ce nouvel axe pourrait-il redéfinir l'équilibre européen ?
L’axe Rome-Berlin se renforce. Le chancelier allemand et la présidente du Conseil italien ont scellé un "plan d’action" bilatéral le 23 janvier. Alors que les tensions se multiplient entre Berlin et Paris, Giorgia Meloni et Friedrich Merz affichent des convergences sur l’immigration, la défense et la compétitivité européenne.
Le difficile dossier du Mercosur
Une défense ancrée dans l’Otan, une volonté commune de sécuriser les frontières du sud et des convictions partagées sur l’énergie alors que les deux pays sont sortis du nucléaire… L’Italie et l’Allemagne se sont retrouvées sur de nombreux dossiers vendredi dernier.
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Pour Jeannette Süß, chercheuse à l’IFRI spécialiste des relations franco-allemandes, Berlin semble trouver à Rome un écho que Paris ne lui offre plus. "Nous sommes entrés dans la seconde phase des relations franco-allemandes. Après le temps des grandes déclarations vient celui de la mise en œuvre, plus complexe entre deux pays aux fonctionnements très différents", analyse l’experte.
Chercheuse, Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) de l'Ifri
Le dossier du Mercosur illustre parfaitement cette situation. Tandis que l’Allemagne de Friedrich Merz soutient le libre-échange et l'accord sud-américain, la France a compliqué les négociations par son refus de voter pour le texte, au nom de mesures protectionnistes.
Relations avec Trump différentes et instabilité politique française
Les relations se sont crispées davantage alors qu'Emmanuel Macron a récemment fermement affiché son mécontentement face à Donald Trump. Bien que Friedrich Merz ait consenti à l'envoi de troupes au Groenland face aux pressions américaines, il privilégie d’ordinaire une approche plus mesurée. Au même titre que Giorgia Meloni, le chancelier allemand cherche à préserver un canal de communication jugé essentiel pour leur défense.
Plus largement, Giorgia Meloni s'impose désormais comme un pilier de stabilité en Europe. Au pouvoir depuis plus de trois ans, elle affiche un bilan solide, avec un déficit italien en passe de descendre sous les 3 % dès 2026, rappelle Les Echos. Cette constance séduit l'Allemagne : "Face à l’instabilité de la situation politique française et à l’incertitude liée à l’échéance de 2027, Rome présente pour Berlin des opportunités jugées plus stables".
Un rééquilibrage plus qu’une rupture
Cette vague d’accords bilatéraux entre l’Italie et l’Allemagne doit cependant être nuancée. "Il convient de rappeler que les deux pays ont déjà coopéré par le passé", tempère Jeannette Süß. Malgré ce rapprochement, l'experte de l'IFRI insiste sur la résilience du dialogue avec Paris.
- "La force du tandem franco-allemand tient au fait qu’il réunit deux traditions politiques différentes, capables malgré tout de dépasser leurs divergences pour construire des partenariats solides. La France et l’Allemagne restent profondément interdépendantes, et cette réalité n’est pas près de disparaître".
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>> >> Cet article est disponible sur le site de La Dépêche.
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