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La « solution à deux États », un leitmotiv

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Trois ans après le 7-Octobre, le conflit israélo-palestinien demeure incandescent. En octobre 2023, le terrorisme militarisé du Hamas tua 1 221 personnes. En octobre 2026, on dénombrait 1 318 membres des forces de sécurité israéliennes tués sur les différents fronts ouverts par Israël depuis les attaques. Entretemps, 73 000 morts à Gaza dont 21 000 enfants selon l’ONU, auxquels s’ajoutent 180 000 blessés et 1,7 million de personnes déplacées. En Cisjordanie, 1 079 personnes ont été tuées dont 256 enfants.

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Thomas Gomart, Ifri
Thomas Gomart, directeur de l'Ifri
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La « solution à deux États » à laquelle se réfèrent sans cesse les diplomates européens n’a jamais semblé aussi lointaine. Fondée sur les frontières d’avant 1967 et le droit international, elle demeure « la seule voie crédible vers une paix et une sécurité durables » pour les Palestiniens et les Israéliens selon le Secrétaire général des Nations unies. Le problème est que cette perspective a tout simplement disparu du débat politique israélien au cours de la campagne pour les législatives d’octobre 2026. Au lendemain du 7-Octobre, Benyamin Netanyahu portait la responsabilité de la faillite sécuritaire ; trois ans plus tard, il est toujours au centre de la vie politique israélienne comme si l’instauration d’un état de guerre permanent assurait sa longévité politique, presque vingt ans au poste de Premier ministre, sans tracer de perspective politique autre que l’imposition de la force brute à l’ensemble de la région. De son côté, l’Autorité palestinienne, dirigée par Mahmoud Abbas, nonagénaire au pouvoir depuis plus de vingt ans, se montre incapable de toute initiative politique. Au traumatisme du 7-Octobre, Israël a répondu par la destruction de la bande de Gaza, la continuation de la colonisation en Cisjordanie et la tentative de briser « l’axe de la résistance » patiemment construit par la République islamique d’Iran à travers le Hamas, le Hezbollah, les milices irakiennes et les Houthis.

Lors de la dernière Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2026, Benyamin Netanyahu a évoqué les sept fronts sur lesquels Tsahal est engagée. Il a ajouté un huitième front, celui de la « guerre de la vérité », tant la bataille pour les opinions fait rage : « Elle se déroule dans les médias du monde entier et, plus pernicieusement encore, sur les réseaux sociaux. » Emmanuel Macron, quant à lui, a livré une charge virulente contre Israël en dénonçant la situation à Gaza comme « un spectacle qui nous fait honte à tous » avant de s’interroger : « Quelle est notre crédibilité si nous continuons de rester inactifs ? » Cette question a suscité une vive réaction du Premier ministre israélien vis-à-vis de la France et la Grande-Bretagne : « Ils accusent le petit Israël de colonialisme, quel colonialisme ? Ce sont eux qui ont inventé le terme. » « Israël n’a pas commis de génocide, Israël a empêché un génocide ! », a-t-il déclaré avant de s’emporter : « Honte à vous ! Honte à vous de déformer les faits, honte à vous d’inverser la victime et l’agresseur, honte à vous de cracher au visage de la vérité ! » Un an plus tôt, la France avait reconnu la Palestine, à l’instar de seize membres de l’Union européenne. Faute d’avoir obtenu un visa des États-Unis pour se rendre à New York, Mahmoud Abbas s’est exprimé dans une vidéo préenregistrée : « Ce ne sont plus seulement la solution à deux États et la création de l’État palestinien qui sont menacées, mais la vie et l’existence même du peuple palestinien sur sa terre natale. » Il dénonçait ainsi « un projet colonial pernicieux ».

Rappelons que la Cisjordanie est divisée en trois zones. Les zones A et B, sous la responsabilité complète ou partielle de l’Autorité palestinienne, couvrent 18 % et 22 % d’une superficie de 5 860 km2 pour 2,8 millions de Palestiniens. Sous contrôle israélien, la zone C s’étend sur 60 % et compte 300 000 Palestiniens et 400 000 résidents israéliens dont le nombre croît. Les petites colonies fonctionnent en blocs reliés par des routes qui morcellent la Cisjordanie. Si la « solution à deux États » demeure l’objectif diplomatique sans cesse rappelé, la lecture des cartes oblige à constater l’absence de territoire viable comme assise durable d’un État souverain. Sur un espace réduit, Israël conduit une stratégie du « jeu de go », très efficace, combinée à un dynamisme démographique. Avec dix millions d’habitants aujourd’hui, dont deux millions d’Arabes israéliens, Israël devrait compter 15 millions d’habitants en 2050. Qu’en sera-t-il alors des deux États ?

> Lire la chronique sur le site de la revue Études.

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