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Laurence Nardon : « L’opération au Venezuela constitue une trahison pour une grande partie de l’électorat de Donald Trump »

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La base électorale du président américain lui reste loyale, mais le mouvement Make America Great Again est profondément divisé en matière de politique étrangère, estime Laurence Nardon, responsable du Programme Amériques de l'Ifri, dans une tribune au « Monde ».

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Laurence NARDON
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Le spectaculaire enlèvement du président Nicolas Maduro, à Caracas, samedi 3 janvier, ouvre la voie à de nombreuses évolutions. Pour les Vénézuéliens, concernés au premier chef, on peut espérer qu’elles s’avéreront positives. Elles risquent d’être plus déstabilisatrices pour une société internationale désormais découpée en sphères d’influence, dans lesquelles la loi du plus fort supplante le respect du droit international. Les rapports de force en Amérique latine, au Moyen-Orient, à proximité de la Russie et de la Chine pourraient se trouver désinhibés dans les années à venir…

Une autre inconnue concerne la politique intérieure américaine. Quel sera l’impact de cette opération militaire sur l’électorat républicain ? La question est d’autant plus importante que le camp présidentiel apparaît affaibli à l’approche du scrutin de mi-mandat, en novembre : il pourrait bien perdre le contrôle de la Chambre des représentants, voire du Sénat. Donald Trump avait fait campagne en 2016 sur le thème de « l’Amérique d’abord » (« America First »), appelant à en terminer avec les « guerres sans fin » pour se concentrer sur la reconstitution des classes moyennes qui auraient été trahies par les élites. Les Etats-Unis allaient renoncer à leur responsabilité morale dans le monde. Ce nationalisme de repli avait séduit la base populiste du candidat qui, une fois élu, avait peu ou prou tenu sa promesse.

Mais depuis son retour à la Maison Blanche, en janvier 2025, le président Trump a opéré un tournant décisif en termes de politique étrangère. Il s’implique dans de nombreuses négociations de paix, sans succès pour l’instant, entre la Russie et l’Ukraine ; avec un fragile plan de paix entre Israël et les Palestiniens. Il détaille des projets impérialistes stupéfiants dans les Amériques avec ses revendications sur Panama, le Canada et le Groenland ; et enfin, il a préparé depuis des mois le changement de régime au Venezuela.

Forte emprise sur les électeurs

Symboles d’une diplomatie américaine imbue de sa supériorité morale et indifférente aux problèmes des classes moyennes du pays, le terme et les projets de regime change (changement de régime) étaient pourtant honnis par Donald Trump jusque-là. Le déclenchement de l’opération « Absolute Resolve » (« détermination absolue ») constitue donc une trahison pour une grande partie de la base Make America Great Again (MAGA) qui l’a avant tout élu pour qu’il s’occupe d’elle. Va-t-elle lui retirer son soutien ? De fait, plusieurs facteurs négatifs s’additionnent aujourd’hui pour le locataire de la Maison Blanche : un certain affaiblissement physique remarqué ces derniers mois (il fêtera ses 80 ans en juin), le coût de la vie, l’affaire Epstein et, de plus en plus, son implication dans les dossiers de politique étrangère. Les midterms constitueront un test décisif.

Mais l’emprise du président sur ses électeurs reste forte. Fin décembre 2025, un sondage (Economist YouGov) indiquait ainsi qu’une majorité de républicains interrogés soutenaient un renversement de Nicolas Maduro par l’armée américaine (44 % des électeurs conservateurs se disaient favorables à un renversement de Maduro, 27 % y sont opposés, et 29 % ne se prononçaient pas). La communication de la Maison Blanche va par ailleurs insister sur la démonstration de force militaire qu’a constituée l’opération à Caracas et sur l’impact positif que pourrait avoir l’accaparement des ressources pétrolières vénézuéliennes sur le coût de l’essence pour les ménages américains.

Reste la question des responsables républicains et MAGA autour de Trump, qui offrent à ce stade des réactions contrastées. D’un côté, le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, un républicain traditionnel plutôt enclin aux actions militaires à l’étranger, issu qui plus est d’une famille ayant fui le régime communiste de Cuba, est à la manœuvre derrière Trump sur ce dossier. Il est suivi par l’essentiel des élus trumpistes.

Le vice-président américain, J. D. Vance, qui a toujours exprimé des vues résolument néo-isolationnistes, semble déjà plus nuancé. A la différence de Marco Rubio, il ne se tenait pas derrière le président lors de sa conférence de presse du 3 janvier à Mar-a-Lago (Floride). Se voyant comme le successeur naturel de Donald Trump, en cas de problème d’ici à la fin de son mandat, mais surtout pour l’élection présidentielle de 2028, J. D. Vance joue pourtant son avenir politique et reste donc loyal au président.

Dans les échanges entre responsables de l’administration à propos du projet de frappes au Yémen qui avaient fuité en mars 2025 depuis la plateforme Signal, Vance avait fait part de ses réserves avant de déclarer qu’il soutenait sans équivoque la politique étrangère de l’administration. Il en va de même dans le cas de l’opération au Venezuela : Vance l’approuve tout en mettant en avant la question de la lutte contre le narcotrafic, ce qui lui permet de souligner sa proximité avec l’électorat populiste du pays. [La consommation de drogue est une cause importante de décès dans certains Etats, ce qui suscite une demande de fermeté face aux trafiquants.]

Prix à payer pour les élus

Quelques rares figures MAGA expriment une opposition plus nette. L’influenceur d’extrême droite Steve Bannon a salué le succès de l’opération au Venezuela mais se demande si elle ne prépare pas « un retour au fiasco en Irak sous Bush » (dans le podcast « War Room », le 3 janvier). Deux élus républicains, enfin, sont particulièrement virulents : la représentante de Géorgie Marjorie Taylor Green, qui a déjà a pris ses distances avec le président américain dans le contexte de l’affaire Epstein au point de démissionner de son siège à la Chambre, dénonce une trahison claire et nette de la base MAGA. Le représentant du Kentucky Thomas Massie est sur la même ligne, mais il devra affronter un opposant financé par le camp trumpiste dans des primaires qui auront lieu le 19 mai.

[...]

> Lire le reste de la tribune sur le site du Monde.

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Laurence NARDON

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