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Léon XIV parle aux États et aux groupes privés

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chronique parue dans la revue

  Études 

, septembre 2026

 
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Très attendu, le voyage apostolique de Léon XIV en France intervient dans un contexte particulier. Élu en mai 2025, le pape se rend pour la première fois dans notre pays, qui vient d’adopter une loi créant un droit à « l’aide à mourir » et se prépare à des élections présidentielles décisives.

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Le pape Léon XIV reçu à l'Élysée, le 25 septembre 2026
Le pape Léon XIV reçu à l'Élysée, le 25 septembre 2026
Alfonso Jimenez/Shutterstock
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On se souvient que son prédécesseur, le pape François (1936-2025), s’est rendu sur notre territoire, à trois reprises, sans effectuer de véritable visite officielle. En septembre 2023, lors des Rencontres méditerranéennes, il déclarait : « Je vais à Marseille, pas en France. » En matière de relations internationales, son pontificat laisse un bilan contrasté, en raison notamment de ses déclarations sur la guerre d’Ukraine et de l’accord provisoire avec la République populaire de Chine sur la nomination des évêques dont le texte n’a pas été rendu public. Dès 2014, il emploie l’expression de « Troisième Guerre mondiale par morceaux » pour décrire la décomposition de l’ordre international et le retour de la guerre. Quelques semaines après le retour de Donald Trump à la Maison blanche, il adresse une lettre aux évêques américains dénonçant les déportations de masse résultant de sa politique migratoire.

Au premier trimestre de 2025, la dialectique historique du pape et de l’empereur se rejoue une nouvelle fois. Catholique converti, J. D. Vance, le Vice-président des États-Unis, force les portes du Vatican pour être reçu par le pape François, la veille de sa mort, ignorant sans doute qu’aucun État ne peut espérer l’appui moral ou matériel du Saint-Siège. Il explique sa conversion par sa rencontre avec Peter Thiel, le fondateur de PayPal et de Palantir, qui apporte son soutien à Donald Trump dès 2016, à contrepied du reste de la Silicon Valley. « Intellectuel oligarque », notamment influencé par l’anthropologue René Girard (1923-2015), il fait montre d’une grande prétention philosophique en divulguant ses oracles technologiques aux quatre coins du monde. Il s’agit notamment de dénoncer la démocratie en raison de son inefficacité et d’accélérer autant que possible le déploiement des solutions d’intelligence artificielle (IA) en commençant par celles de Palantir. Au printemps de 2026, ses interventions à Paris et surtout à Rome donnent lieu à de vives critiques, soulignant qu’elles dissimulent mal la défense de ses propres intérêts d’affaires.

L’élection de Robert Francis Prévost, qui est américain et péruvien, correspond à une configuration géopolitique unique, celle de la rivalité affichée entre les États-Unis et la Chine et celle du schisme transatlantique provoqué par l’administration Trump, bien décidée à faire payer au prix fort sa protection aux Européens. « Le Vatican, combien de divisions ? », raillait volontiers Joseph Staline (1878-1953). Finalement, Léon XIV est le 267e pape, alors que l’URSS a disparu. Cela rappelle que la papauté représente un pouvoir à la fois spirituel et politique, qui demeure un contrepoids symbolique à la puissance des États auxquels elle indique des limites morales.

La question de la limite ne concerne plus seulement les États. Elle concerne aussi les entreprises technologiques capables de déployer des solutions d’IA de manière fulgurante. L’IA devient le nouveau substrat de pans entiers de l’activité humaine, ce qui crée de profondes divisions entre les organisations en bénéficiant et celles qui en sont dépourvues. Avec Magnifica humanitas, Léon XIV consacre sa première encyclique à l’IA, à l’occasion du 135e anniversaire de Rerum Novarum, inscrivant ainsi la révolution de l’IA dans l’héritage de la doctrine sociale de l’Église inaugurée par Léon XIII (1810-1903) face à la révolution industrielle. Peter Thiel préfère éviter le dialogue et réagit en disant que le pape, par son invitation à la régulation, contribue « à travailler pour les communistes chinois ». Inutile de s’attarder sur cette formule qui résume bien l’ambition philosophique de son auteur.

En revanche, il faut lire l’alternative identifiée par le pape : « Ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble. » Ce choix ne peut se faire sans interroger la technologie et l’innovation, qui ont été principalement orientées par les États dans le passé. Aujourd’hui, ce sont les entreprises : « Le pouvoir technologique prend ainsi un visage inédit, essentiellement privé, et donc d’autant plus difficile à cerner, à réguler et à orienter vers le bien commun. » La visite papale n’est pas seulement une invitation à la réflexion mais aussi à l’action.

> Lire la chronique sur le site de la Revue Études.

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Thomas GOMART

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