« À l’ère des grandes puissances, notre liberté n’est plus acquise » : à Munich, Friedrich Merz réaffirme ses ambitions militaires
DÉCRYPTAGE - Face à la menace russe, l’Allemagne se donne les moyens financiers de faire de la Bundeswehr « l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe ». Mais le chemin est encore long tant le pays partait de loin.
« Nous ferons de la Bundeswehr – je l’ai souvent dit, et je le répète ici – l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe, et ce, le plus rapidement possible. Une armée capable de tenir bon si nécessaire. » Aucune surprise dans cette déclaration du chancelier allemand, Friedrich Merz, lors de son discours à la Conférence de Munich sur la sécurité, mais une réaffirmation du changement de paradigme opéré par l’Allemagne depuis le début de la guerre en Ukraine. Après des années de paix sur le Vieux Continent, la sécurité du territoire européen en général, et du territoire allemand en particulier, est devenue une priorité absolue pour Berlin.
Il y a quatre ans tout juste, après l'attaque russe en Ukraine, le chancelier de l'époque, Olaf Scholz (SPD), déclarait devant le Bundestag que « février 2022 marquait un tournant (Zeitenwende, NDLR) dans l'histoire de notre continent » . Quelques mois plus tard, les députés adoptaient la création d'un fonds spécial de 100 milliards d'euros pour moderniser la Bundeswehr. Cette dynamique s'est poursuivie et même accentuée avec l'arrivée au pouvoir de Friedrich Merz (CDU). En mars dernier, il a fait voter par le Bundestag l'exemption des dépenses sécuritaires du sacro-saint frein à la dette, puis, en décembre, une loi sur la modernisation du service militaire.
L'exécutif allemand ne perd pas une occasion de rappeler que le pays n'est « pas en guerre, mais plus en paix non plus » . « Désormais, le plus important est de changer notre état d'esprit. Nous avons compris qu'à l'ère des grandes puissances, notre liberté n'est plus acquise. Elle est menacée. Il faudra de la fermeté et de la volonté pour la préserver. Cela exigera de nous que nous soyons prêts à un nouveau départ, à un changement et, oui, même à faire des sacrifices. Non pas un jour, mais maintenant » , a martelé vendredi Friedrich Merz à la Conférence sur la sécurité de Munich.
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« L'Allemagne partait de très loin et a vraiment avancé. L'argent est littéralement le nerf de la guerre ; la manne financière qu'elle a débloquée va lui permettre d'investir massivement dans l'industrie de défense. Ça va faire les choux gras de Rheinmetall, analyse Paul Maurice, secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Mais la question qui se pose est la suivante : si l'Allemagne est prête à payer le prix financier de cette nouvelle stratégie en matière de défense, est-elle prête à en payer le prix du sang ?
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
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