L'IA s'impose au menu de la visite de Xi Jinping à Washington
Le numéro un chinois se rend aux États-Unis mercredi 23 septembre pour une courte visite d’État. Pour les deux pays, l’intelligence artificielle est à la fois une source de rivalité technologique et économique, et un sujet de discussions en raison de ses dangers.
Il aura fallu plus de dix ans au numéro un chinois Xi Jinping pour retrouver le chemin de Washington dans le cadre d’une visite d’État. Mercredi après-midi, sur la base aérienne de Fort Andrews, à 15 kilomètres de la capitale états-unienne, Donald Trump en personne doit l’accueillir sur le tarmac. Un honneur rare.
Depuis 2015, son invité a consolidé son pouvoir, tandis que la Maison-Blanche a accueilli trois présidents pour succéder à Barack Obama : un républicain, Donald Trump ; un démocrate, Joe Biden ; et de nouveau Donald Trump. Entre-temps, le monde a changé. Washington s’est senti de plus en plus menacé par son rival chinois, le magnat de l’immobilier s’est engagé en politique et fait élire la première fois sur un discours très agressif envers la Chine. La pandémie du Covid-19 est aussi venue tendre les relations bilatérales.
En 2026, les différends sont toujours là, même si Trump a mis de l’eau dans son vin et semble vouloir rechercher une certaine forme de détente et de stabilité dans la relation bilatérale. Et un sujet s’est imposé de plus en plus dans cette relation : l’intelligence artificielle (IA).
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Une première tentative sous Biden
Le sujet n’est pas nouveau, souligne Mathilde Velliet, chercheuse au sein du Centre géopolitique des technologies de l’Institut français des relations internationales (Ifri). « Une première tentative de créer un dialogue américano-chinois sur l’IA avait déjà eu lieu en novembre 2023, sous l’administration Biden, avec des résultats assez limités, explique-t-elle à Mediapart. Cela pousse d’ailleurs certains experts, notamment d’anciens responsables de l’administration Biden, à être sceptiques sur ce nouveau dialogue. »
Pour l’experte, trois pistes principales se dégagent. « La première serait le partage d’informations, voire le développement en commun de systèmes d’évaluation de la sûreté des modèles. La deuxième serait la mise en place de mécanismes de divulgation des utilisations malveillantes de l’IA. La troisième consisterait à créer des canaux plus formels pour s’alerter mutuellement si des IA avancées se comportent de manière inattendue ou nuisible. »
« Cela reste donc un ensemble assez limité de sujets, poursuit-elle. Sur beaucoup de sujets, les États-Unis et la Chine n’accepteront pas de se restreindre. C’est notamment le cas de l’utilisation militaire de l’IA. »
Au dîner prévu jeudi soir à la Maison-Blanche en présence de Xi Jinping, Donald Trump a invité quelques acteurs de l’IA états-uniens, parmi lesquels le dirigeant d’OpenAI, Sam Altman, et celui de Nvidia, Jensen Huang. Tout comme le président états-unien, ce dernier est opposé à toute régulation du secteur.
En pleine campagne pour les midterms (élections de mi-mandat), le débat sur l’IA fait par ailleurs rage aux États-Unis, nourri à la fois par les politiques et les entreprises du secteur elles-mêmes, mais aussi par l’opposition d’une partie des habitant·es du pays à la construction de centres de données (ou data centers), en raison de leur impact environnemental et de leur coût énergétique.
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Les deux pays peuvent partager une vision des risques tout en n’ayant pas la même conception de ce que recouvre la sûreté.
Contexte électoral
Steve Bannon, l’ancien conseiller de Trump et l’une des figures de proue du mouvement Maga (« Make America great again »), appelle, lui, à une « quarantaine » économique et technologique de la Chine, exigeant l’expulsion immédiate des ressortissant·es chinois·es des laboratoires de recherche états-uniens, la fin de la formation des ingénieur·es chinois·es et la séparation totale des flux de capitaux.
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« Sur la question de la perte de contrôle et de la sûreté de l’IA, au sens où on l’entend aujourd’hui aux États-Unis, le sujet est surtout porté par Washington dans le cadre du dialogue, souligne Mathilde Velliet. La Chine considère de son côté qu’elle a déjà mis en place des mesures, notamment depuis trois ou quatre ans. Mais la définition de la “sûreté de l’IA” n’est pas totalement convergente. »
« En Chine, détaille la même chercheuse, la régulation a d’abord été pensée autour du contrôle de l’information et de la prévention des perturbations sociales : il existe un enjeu de contrôle politique et social des effets potentiellement déstabilisateurs de l’IA. Les deux pays peuvent donc partager une vision des risques tout en n’ayant pas la même conception de ce que recouvre la sûreté. »
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