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Moyen-Orient : la supériorité militaire d’Israël et des États-Unis à l’épreuve du réel

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L’opération états-unienne en Iran révèle une forme d’« israélisation » de ses méthodes, qui remonte aux années de « guerre contre le terrorisme ». Une fuite en avant dans le tout-technologique qui fait l’impasse sur le politique et nourrit les dérives autocratiques.

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Moyen-Orient : la supériorité militaire d’Israël et des États-Unis à l’épreuve du réel
Combats dans une zone désertique. Un missile s'envole dans le ciel au Moyen-Orient
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Qu’est-il allé faire dans cette galère? La décision de Donald Trump de participer tête baissée à la guerre contre l’Iran aux côtés d’Israël interroge. Elle est critiquée par sa base Maga (« Make America Great Again ») et, au-delà, par ses alliés du Golfe, qui en payent le prix fort, ainsi que par ses alliés européens, sommés de participer militairement au déblocage du détroit d’Ormuz.

D’aucuns ont proposé une explication par une « russification » de l’armée états-unienne, c’est-à-dire une forme de mimétisme stratégique vis-à-vis de la Russie – Donald Trump voulant, comme Vladimir Poutine, se positionner comme un chef de guerre. Cependant, pour comprendre l’engagement états-unien en Iran, la matrice israélienne est au moins aussi opérante que celle de Moscou.

Sa décision tient à la proximité idéologique qu’il entretient avec le gouvernement israélien dirigé par Benyamin Nétanyahou, aussi bien que par des présupposés sur l’efficacité de son outil militaire, qu’il convient de mettre en cause. À ce titre, l’opération Epic Fury est un bon rappel des limites inhérentes d’un modèle opérationnel israélo-états-unien, et derrière lui de présupposés occidentaux problématiques.

À ce titre, l’opération Epic Fury est un bon rappel des limites inhérentes d’un modèle opérationnel israélo-états-unien, et derrière lui de présupposés occidentaux problématiques. Ce modèle est construit sur la croyance en trois fondamentaux: la recherche de la maîtrise des airs (la suprématie aérienne); la perception du ciblage comme d’une stratégie se suffisant à elle-même, et le pari du tout-technologique, dont la dernière manifestation est l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) aux opérations militaires.


Maîtrise des airs

La guerre lancée en Iran, de même que les opérations menées à Gaza et au Liban par Israël, et au Venezuela ou dans les Caraïbes par les États-Unis, est marquée par une maîtrise totale du ciel au-dessus du théâtre des opérations, du fait de l’absence ou de la destruction préalable de la défense antiaérienne adverse.
Cet élément est en soi une différence par rapport à l’approche russe qui, dans son opération militaire spéciale en Ukraine, n’a pas attendu d’obtenir la suprématie aérienne pour lancer son offensive terrestre, source de ces déconvenues et sans doute de son échec à prendre Kyiv. Les VKS – les Forces aérospatiales russes – ont bien cherché à l’obtenir, sans parvenir à détruire les défenses antiaériennes mobiles ukrainiennes.


Corollaire de cette approche, l’accent est mis sur la défense antiaérienne pour protéger son territoire. Le «Dôme de fer»israélien et sa version sous stéroïdes du «Dôme d’or» états-unien en témoignent. Cependant, la «guerre des Douze Jours» entre Israël et l’Iran en 2025 et plus encore le conflit actuel ont mis en évidence le coût extrêmement élevé de cette approche, ainsi que ses limites.


Elle révèle d’abord une contrainte majeure liée à l’épuisement rapide des stocks d’intercepteurs. Elle met ensuite en lumière des défaillances techniques, comme l’illustre l’échec du système haute couche «Fronde de David» à intercepter des missiles balistiques visant le site nucléaire de Dimona. Elle souligne enfin une vulnérabilité face à la menace dite de «basse couche», incarnée par des drones parfois rudimentaires, difficiles à détecter et à intercepter.


Le ciblage comme stratégie

Epic Fury incarne aussi le primat accordé au ciblage et à la frappe de précision, au fondement même de la plupart des doctrines occidentales. Aux États-Unis, ce tropisme était déjà présent lors de la première guerre du Golfe en 1991, marquée par l’influence des thèses développées par John Warden.
Ce théoricien états-unien de la puissance aérienne, colonel dans l’US Air Force, avait proposé une modélisation de l’ennemi comme un système se réduisant à cinq cercles. Son intuition est la suivante: détruire les forces armées ne suffit pas à vaincre un ennemi; il faut également anéantir ses infrastructures mais aussi et surtout sonleadership.


Ces thèses vont rencontrer un écho et se nourrir de l’approche israélienne de l’assassinat ciblé. Théorisées et mises en pratique dans le contexte de la seconde Intifada, utilisées de manière toujours plus massive depuis, les sikul memukad,littéralement «préventions ciblées», visent à «décapiter» le leadership d’une organisation pour annihiler un ennemi.

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Amélie FÉREY

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Combats dans une zone désertique. Un missile s'envole dans le ciel au Moyen-Orient
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