Pourquoi Poutine veut cadenasser les élections législatives ?
Est-ce « extrémiste » de publier la photo d’un opposant politique ? Aux yeux des autorités russes, cela peut suffire à poser problème. Du 18 au 20 septembre se tiennent les élections à la Douma, c’est-à-dire au Parlement russe. Certains candidats ont été exclus pour avoir, entre autres, publié des photos de l’ancien opposant Alexeï Navalny, mais aussi pour d’autres motifs parfois pour le moins surprenants.
Dans ce contexte électoral étroitement encadré, Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du Centre Russie/Eurasie de l’Ifri, décrypte les mécanismes de contrôle du pouvoir russe et les marges de manœuvre de plus en plus réduites laissées à l’opposition.
En Russie, un simple partage sur les réseaux sociaux peut désormais conduire à une condamnation. L’éviction de Boris Nadejdine, l’une des dernières voix critiques contrainte à l’exil en France après avoir été accusée d’exhibition de symboles extrémistes pour une vidéo contenant une photo d’Alexeï Navalny, illustre la portée de cette répression. Mais le signal le plus révélateur de ces premières élections législatives organisées depuis le lancement de la guerre en Ukraine réside dans l’exclusion de candidats appartenant à des partis pourtant validés par le Kremlin.
Des candidats écartés pour des motifs surprenants
Pour rendre inéligibles une trentaine de candidats qui n’avaient ni réellement critiqué le pouvoir ni remis en cause la guerre, les autorités ont épluché leur vie personnelle et numérique, invoquant parfois des motifs pour le moins surprenants : un logo Facebook visible sur une photo de 2019, la détention d’actions d’entreprises américaines comme Apple, Meta ou Microsoft, une photo d’une œuvre de Banksy accusée de violer le droit d’auteur, ou encore un cliché du chanteur de Motörhead portant une croix assimilée à un symbole nazi. Dans le même temps, le parti Iabloko, qui faisait campagne pour la paix, a été écarté du scrutin.
Les effets de la guerre en toile de fond
Ce verrouillage intervient alors que les conséquences de la guerre pèsent de plus en plus sur le quotidien des Russes. Les frappes de drones contre les raffineries et les infrastructures logistiques, les pénuries d’essence et les pressions inflationnistes alimentent les préoccupations économiques et sociales. Dans ce contexte, le pouvoir cherche à réduire au minimum les espaces susceptibles de permettre l’expression d’une contestation.
Préserver le scrutin, contrôler la Douma
Pour autant, le Kremlin ne renonce pas au scrutin. Il s’agit plutôt de préserver les apparences du fonctionnement institutionnel tout en s’assurant d’une Douma largement acquise au pouvoir. Le contrôle du Parlement demeure ainsi un élément central du système politique russe et de la conduite de la guerre.
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