Taux de crédits à plus de 400%, déficit abyssal… Derrière la victoire de Lula, le piège de la dette menace l’avenir économique du Brésil
ANALYSE - Réélu dimanche à la surprise générale après avoir multiplié les promesses en faveur du pouvoir d’achat, le chef de file de la gauche brésilienne va désormais devoir s’atteler à sortir les finances publiques du pays de l’ornière.
La gauche brésilienne a remporté ce week-end la bataille des urnes. Un autre front l’attend désormais : celui de la dette. Dimanche, Luiz Inacio Lula da Silva a été réélu président avec 51,79 % des voix contre 48,21 % pour le candidat d’extrême droite Flavio Bolsonaro. Une « remontada » historique pour le chef de l’État sortant, pourtant arrivé deuxième au premier tour, acquise grâce à la mobilisation de ses fidèles… mais aussi à une avalanche de promesses en faveur du pouvoir d’achat. Allègement de l’endettement des ménages, aides publiques aux plus démunis, gratuité des transports le week-end : l’ancien syndicaliste n’a pas lésiné sur les engagements coûteux, malgré des finances publiques déjà exsangues. Une implacable réalité à laquelle Lula, reparti pour un quatrième mandat à la tête du pays, devra cependant faire face, bon gré mal gré.
Car si la première économie d’Amérique latine affiche ces dernières années une croissance vigoureuse - supérieure à 3% en 2023 et en 2024, avant un léger ralentissement en 2025 - qui détonne parmi ses voisins, elle est accablée par une dette publique et privée qui plombe de plus en plus ses perspectives. « L’endettement du pays s’élève à 80% du produit intérieur brut (PIB), ce qui est une proportion importante pour un pays émergent, détaille Jean-Louis Martin, chercheur associé sur l’Amérique latine à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Mais ce qui frappe, c’est son coût : Brasília rémunère ses créanciers à un taux dépassant les 13% en moyenne.» Une prime de risque sur les bons du Trésor brésilien qui se paie particulièrement cher : l’an dernier, les seuls intérêts de la dette publique ont absorbé près de 7,3% du PIB (contre environ 2% en France), alimentant le déficit public.
Les ménages pris au piège
L’endettement des ménages n’est pas moins préoccupant. En septembre 2026, 82% des familles déclaraient avoir une dette et 30% accusaient des retards de paiement, selon la CNC, une organisation patronale. « Des millions de familles sont entrées dans le cercle vicieux de l’endettement : leurs salaires sont grevés chaque mois par le remboursement des crédits précédents, ce qui les oblige à en souscrire de nouveaux pour assurer les dépenses courantes », explique Jean-Louis Martin.
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« Corrigé de l’inflation, on obtient un taux réel de 9,5% : c’est faramineux pour un pays qui n’est pas confronté à l’hyperinflation, et c’est unique au monde », constate Jean-Louis Martin. Derrière cela se niche, selon le spécialiste, l’impératif d’éviter une trop forte dépréciation de la monnaie, mais aussi une peur presque « irrationnelle » : celle de revivre l’emballement des prix des années 1990, dont le souvenir reste profondément ancré dans les mémoires.
Impasse politique
Le coût du crédit bride également l’investissement privé, qui plafonne à 16% du PIB, loin de la moyenne des pays émergents et des niveaux observés chez les voisins latino-américains.
« Actuellement, seuls les secteurs qui dégagent beaucoup de liquidités , comme l’agroalimentaire, les mines ou le secteur énergétique, parviennent à se maintenir tant bien que mal. Pour le reste, l’accès au crédit est presque impossible, et l’activité commence à en pâtir », rapporte Jean-Louis Martin. Le secteur financier, lui, prospère : il représente près de 7% du PIB brésilien, souligne le chercheur, contre généralement 4% au maximum dans les pays de niveau de développement comparable. « Autrement dit, il parasite l’ensemble de l’économie », tranche-t-il.
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« Sans majorité acquise au Congrès, Lula doit négocier chaque réforme avec les partis du centre et de droite, dont le soutien passe notamment par les crédits destinés à leurs territoires », décrypte Jean-Louis Martin. « Il s’en tiendra pour l’heure à la poursuite des réformes de simplification fiscale, sans pouvoir engager de réformes économiques de fond permettant de sortir du piège de la dette », conclut le chercheur.
Comme un air déjà-vu.
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