Les ressorts de l’intervention russe en Syrie
« On comprend parfaitement que tout ne dépend pas des États-Unis. Une part importante de responsabilité repose sur les épaules d’autres acteurs essentiels dans l’arène internationale, parmi lesquels une place éminente appartient à la Russie.(1) »
C’est ainsi qu’Evgueni Primakov concluait ses mémoires parus en 2009, soulignant la nécessité pour les États-Unis de mieux prendre en compte les intérêts d’une Russie indispensable à la formation d’un monde multipolaire (2). Avec l’intervention en Syrie, il semblerait que Vladimir Poutine soit parvenu à obtenir par la voie militaire ce qu’Evgueni Primakov n’avait pas obtenu par la voie diplomatique : être pris au sérieux par Washington. Cette intervention doit donc être analysée en fonction de sa capacité – ponctuelle ou durable ? – de modifier la situation régionale et, par conséquent, les rapports de force mondiaux. Pour apprécier sa réelle portée, ce sont ses ressorts profonds qu’il convient de mettre au jour davantage que les seules relations entre Moscou et Damas (3). Comme toute relation bilatérale, celle-ci trouve son sens en fonction de tiers, au premier rang desquels figurent l’Iran et Israël. Pour Téhéran, la Syrie représente une « question existentielle », alors qu’elle se révèle n’être qu’un moyen pour Moscou, qui entretient une forme de « relation spéciale » avec Israël (4).
(Revue des Deux Mondes, septembre 2016)
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