Élections allemandes : le jour d'après
Angela Merkel profite à la fois de sa stature internationale et de la faiblesse de son adversaire social démocrate. Ce dernier a mal géré une série de scrutins régionaux, et la chancelière a toutes les chances de remporter les élections de septembre. Mais elle devra songer à organiser une inévitable sortie. Et la formation d’une nouvelle coalition ne sera pas sans problème, la crise des réfugiés ayant produit une droitisation de ses alliés les plus proches, et d’une part de l’opinion publique.
Alors que l’alternance régulière, sinon le « dégagisme », semble à la base du fonctionnement des démocraties occidentales, la République fédérale constitue visiblement une exception. Selon toute probabilité, le 24 septembre prochain, le Parti chrétien-démocrate (CDU) d’Angela Merkel remportera une nouvelle fois les législatives.
Vers novembre ou décembre 2017, le prochain contrat de coalition signé, le Bundestag élira Angela Merkel pour la quatrième fois consécutive à la chancellerie – phénomène sans égal dans le monde dit libre, sauf justement en Allemagne qui a vu Konrad Adenauer et Helmut Kohl élus chancelier à quatre reprises. En d’autres termes, la campagne électorale s’achève avant même d’avoir commencé, tant les sondages sont sans appel : depuis mai 2017, la CDU-CSU bénéficie d’une avance stable de 15 points sur le SPD (Parti social-démocrate). Aucune majorité ne se profile contre la CDU. La chancelière dispose, en revanche, de multiples options pour les quatre prochaines années, allant de la simple poursuite de la « grande coalition » avec le SPD, à une coalition de centre-droit avec les libéraux du FDP (Parti libéral-démocrate), en passant par la formule tripartite d’une coalition « jamaïcaine » rassemblant la CDU-CSU, le FDP et les Verts. […]
Angela Merkel – une chancelière incontestée ?
Tout semble donc sourire à Angela Merkel. Elle règne sans partage sur la CDU, qu’elle préside depuis 2000, et profite à la fois des faiblesses de son challenger social-démocrate Martin Schulz et des déchirures des leaders du parti populiste d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD). De plus, une hypothétique alliance de gauche plurielle rassemblant le SPD, les Verts et le parti d’extrême gauche Die Linke, non seulement n’a pas de majorité dans le pays mais, surtout, n’aurait aucune chance de tomber d’accord ne serait-ce que sur une timide ébauche de programme commun. Pourtant, même victorieuse des élections de 2017, Angela Merkel entamera un quatrième mandat qui sera sans doute le plus difficile de sa carrière.
Rappelons que même en Allemagne la vie politique d’un chancelier chrétien-démocrate peut avoir une fin. Et c’est souvent le quatrième mandat qui sonne le glas. Après quatre victoires consécutives entre 1949 et 1961, Konrad Adenauer, pourtant vénéré comme père fondateur de la République fédérale, ne fut « toléré » par son parti à la chancellerie que contre sa promesse, contrainte et forcée, d’un retrait à mi-parcours de son quatrième mandat. […]
PLAN
- Angela Merkel – une chancelière incontestée ?
- La mission impossible de Martin Schulz
- Merkel IV – avec quelle coalition et pour quelle Europe ?
Hans Stark est secrétaire général du Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l’Ifri et professeur à l’université Paris-Sorbonne.
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Élections allemandes : le jour d'après
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