La fabrique de la politique européenne de l’Allemagne
L’ambition européenne de Friedrich Merz est de faire de l’Allemagne, souvent perçue comme hésitante, un acteur de premier plan de l’Union européenne. À cette fin, le chancelier allemand a annoncé vouloir mettre un terme au « German vote ». Celui-ci incarne le paradoxe d’une Allemagne à la fois indispensable et fréquemment absente dans la décision européenne.
L’indécision allemande, souvent le reflet de dissensions internes, se traduit à Bruxelles par des blocages, des abstentions lourdes de conséquences et une érosion de la confiance de ses partenaires. Ce phénomène, aggravé ces dernières années, a entamé la crédibilité de l’Allemagne, conduisant à une paralysie décisionnelle à Bruxelles. Pour remédier à cette situation, Friedrich Merz et son gouvernement ont mis en place de nouveaux dispositifs afin de renforcer la cohérence de la politique européenne de l’Allemagne.
Sur le fond, le chancelier articule sa politique européenne autour de deux grands axes thématiques étroitement liés : la souveraineté et le regain de compétitivité européenne. Le gouvernement Merz pousse à une adaptation et à un allègement ciblés des contraintes réglementaires, ainsi qu’à un agenda industriel centré sur l’innovation, l’énergie et le marché intérieur, afin d’éviter un décrochage vis‑à‑vis des États‑Unis et de la Chine.
Dans la pratique, malgré cette volonté, les premiers mois du gouvernement CDU/CSU‑SPD ont montré que la promesse de mettre fin au « German vote » se heurte à des tensions partisanes et procédurales qui produisent encore abstentions tactiques, contournement des circuits de coordination et rivalités entre ministères.
Sur la scène européenne, Friedrich Merz mise sur le franco-allemand, le triangle de Weimar et des formats mini‑latéraux. Sa méthode plus intergouvernementale nourrit à la fois l’attente d’un leadership allemand plus clair et la méfiance d’États qui redoutent l’approche d’une Allemagne trop assertive selon l’idée « Germany first ». Or, la fenêtre d’opportunité pour structurer un agenda européen durable – en particulier avec Paris – reste étroite et incertaine à l’horizon 2027.
Jeanette Süß est chercheuse au Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l’Institut français des relations internationales (Ifri), où elle travaille en particulier sur l’Union européenne et les relations franco-allemandes.
Cette publication est disponible en anglais : Merz’ European Policy-making: The End of the ‘German Vote’?, Ifri Study, January 2026.
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Etudes de l'Ifri, janvier 2026
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