Europe : Back to the Future
Le Brexit est le symptôme d’une crise du projet européen. Les peuples d’Europe ne se reconnaissent pas dans la bureaucratie bruxelloise et tendent à se replier sur leur pré carré national. Toutefois, la coopération intergouvernementale fonctionne mal, comme l’a notamment montré la gestion de la crise des réfugiés. Les institutions européennes, telles qu’elles existent aujourd’hui, sont à bout de souffle. Seul un saut fédéral permettra de sortir de l’impasse.
Sans galvauder le mot, on peut affirmer que le référendum britannique du 23 juin dernier est un événement historique dont l’onde de choc se fera longtemps sentir. L’effet de sidération devra pourtant bien s’arrêter un jour pour voir la réalité en face : le Brexit a eu lieu et le Royaume-Uni va sortir à moyen terme de l’UE. Une issue logique après 43 ans d’un mariage raté entre la perfide Albion et le continent ? Après tout, n’avait-on pas consenti à David Cameron divers arrangements destinés à rassurer les Britanniques, déjà gavés de dérogations en tout genre, afin qu’ils votent Remain, comme une limitation des prestations sociales aux ressortissants de l’UE, jugés envahissants, et la préservation des intérêts financiers de la City ? Et ils ont quand même mal voté, ces ingrats d’Anglais !
Ce serait une explication simple et rassurante. En vérité, qui peut dire ce que donnerait un référendum en France sur l’appartenance à l’UE ? Lors du dernier exercice similaire, en 2005, sur la Constitution européenne, plusieurs lignes rouges avaient aussi été respectées : confirmation de l’ « exception culturelle », pérennité du financement d’État des services publics, maintien de la PAC… On avait même vidé de sa substance la fameuse directrice Bolkestein sur la libéralisation des services, qui était alors en négociation, pour éviter d’agiter la peur du « plombier polonais ». On connaît le résultat.
Ainsi donc, rien n’y ferait : les peuples européens sont contre l’Europe. Alors autant fermer tout de suite les institutions et dissoudre le Parlement européen, plutôt que de perdre notre temps et l’argent du contribuable, comme disent les populistes et les europhobes. Moi, je ne suis pas d’accord. Je ne crois pas que les peuples européens soient contre l’Europe. Mais ce n’est pas en les appâtant avec des gadgets politiques avant une élection cruciale qu’on les intéressera à l’Europe. C’est en œuvrant à montrer sa nécessité. Or depuis 2008, l’Europe affronte une série de crises toutes plus graves les unes que les autres, sans que l’UE apparaisse utile pour les résoudre.
Une vingtaine de sommets « de la dernière chance » pour « sauver la Grèce » a accouché de trois plans d’aide successifs, dont les seuls résultats ont été d’appauvrir et d’endetter davantage les Grecs. Le comble étant qu’aujourd’hui l’avenir de la Grèce dans la zone euro n’est toujours pas assuré. Quant à la crise financière, l’Union bancaire qui devait y répondre est restée au milieu du gué, au moment où les banques sont fragilisées par le Brexit. […]
PLAN
- Repli sur le pré carré national
- Échec récurrent du Pacte de stabilité
- La question démocratique est primordiale
- Une architecture institutionnelle simple et compréhensible
Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge, est président du groupe de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) au Parlement européen.
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