L’Inde de Modi : un « développement pour tous » écorné
Le BJP de Narendra Modi dispose depuis 2014 d’une majorité inédite. Son gouvernement a nettement valorisé le marché indien à l’échelle internationale. Mais le regain d’investissements étrangers ne s’est pas vraiment traduit en taux de croissance ou en création d’emplois. Et la large base électorale du BJP pourrait souffrir du soutien du gouvernement aux extrémistes hindous, et d’un développement de la violence intercommunautaire, largement antimusulmane, qui divisent le corps social.
Au printemps 2014, l’Inde est entrée dans une phase nouvelle de son histoire politique, avec la victoire à la majorité absolue (335 sièges sur 543) de la coalition NDA (National Democratic Alliance) conduite par le parti de la droite nationaliste hindoue BJP (Bharatiya Janata Party – Parti du peuple indien).
Le BJP a certes déjà été au pouvoir de 1998 à 2004. Mais d’une part, il ne l’a jamais été dans une telle position de force – le parti détient à lui seul 282 sièges à la Chambre basse – ; et d’autre part, l’homme qui est devenu Premier ministre, Narendra Modi, se caractérise par des méthodes bien moins conciliantes que celles de son prédécesseur Atal Behari Vajpayee. En l’occurrence, Modi a gardé comme Premier ministre les traits qu’on lui connaissait comme chef du gouvernement du Gujarat (2001-2014). Homme d’action, enclin à la prise de risque, il se montre fermé au débat et volontiers autoritaire au nom du principe d’efficacité. Charismatique, il use à l’envi de son incomparable talent de communication auprès des masses indiennes, mais sans échapper aux écueils du populisme, de la centralisation du pouvoir, et du culte de la personnalité.
Surtout, Narendra Modi porte deux projets dont les finalités semblent a priori contradictoires. Le premier, de nature technocratique et économique, relève d’une dynamique d’inclusion par ses promesses de « bonne gouvernance » et de « développement pour tous » – slogans qui ont tant séduit l’électorat indien de 2014. L’autre, foncièrement idéologique, procède d’une logique d’exclusion, et ostracise les communautés qui ne se conforment pas entièrement au système de valeurs promu par la mouvance du nationalisme hindou. Quatre ans de gouvernement Modi permettent d’y voir plus clair, et de dresser un premier bilan, présenté ici en deux tendances de fond. Il apparaît ainsi que, par son énergie et sa détermination, le Premier ministre est parvenu à rehausser l’intérêt des acteurs économiques internationaux pour le marché indien ; mais sur le plan intérieur, les résultats de sa politique économique s’avèrent assez décevants. Par ailleurs, le BJP est certes devenu une formidable machine électorale ; mais sa capacité à promouvoir le rassemblement et le développement pour tous ne résiste pas à son fonds idéologique, extrémiste et intolérant à l’égard de la diversité socioculturelle indienne.
PLAN
- Une politique séduisante pour les investisseurs étrangers, décevante pour les Indiens
- Une valorisation réussie du marché indien à l’international
- « Les jours meilleurs » ne sont pas vraiment là - Le BJP domine la scène politique mais divise le corps social
- Un rouleau compresseur électoral
- Des fissures dans la base électorale élargie de 2014
- Une inquiétante marginalisation des minorités confessionnelles
Isabelle Saint-Mézard est maître de conférence en géopolitique de l’Asie à l’Institut français de géopolitique (IFG) de l’université de Vincennes à Saint-Denis. Elle est chercheur associé au Centre Asie de l’Ifri.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
L’Inde de Modi : un « développement pour tous » écorné
Mexique : de la violence et autres démons
Le président Pena Nieto a souhaité pour le Mexique une lutte contre le narcotrafic moins spectaculaire, et des réformes économiques profondes. Mais quatre années après son arrivée au pouvoir, la violence et la corruption demeurent très largement répandues. L’économie du pays, frappée par la crise mondiale, reste fragile, et les réformes sociales ont été peu décisives. Quant au système politique, il est toujours miné par une partitocratie largement impuissante.
Colombie : la longue marche vers la paix ?
Le conflit qui oppose la guérilla des FARC à l’État colombien a fait 220 000 morts entre 1958 et 2012, date à laquelle des négociations de paix ont démarré à La Havane. Les forces armées colombiennes ont conduit une campagne de contre-insurrection efficace qui a fortement affaibli les FARC. En juin 2016, gouvernement et rebelles ont signé un accord historique. Le cessez-le-feu paraît néanmoins fragile et la paix reste à construire.
Argentine : qu’est-ce que le kirchnérisme ?
Nestor et Cristina Kirchner ont présidé l’Argentine de 2003 à 2015, durée exceptionnelle dans l’histoire politique du pays. Cette continuité permet-elle de définir un mouvement comme le kirchnérisme, qui a évolué en fonction de la conjoncture internationale et des recompositions des alliances politiques ? Si sa continuité politique demeure incertaine, on peut le caractériser par trois articulations principales qui révèlent la portée et les limites de ce projet politique.
Les partis ethniques dans les Balkans occidentaux
Les partis ethniques occupent une place importante sur la scène politique des Balkans occidentaux. Ils ne représentent pas nécessairement un danger pour la démocratie si leurs dirigeants acceptent de respecter le fonctionnement des institutions en place. Toutefois, dans plusieurs pays, les leaders nationalistes jouent avec le feu. Ils font peser un doute sur la démocratisation et la stabilisation de la région, deux conditions indispensables à une hypothétique accession à l’Union européenne.