Brésil : plus dure sera la chute
Au cours des années 2000, l’économie brésilienne a décollé, la croissance étant tirée notamment par la forte demande en matières premières de la Chine. En une décennie, la classe moyenne brésilienne est passée de 30 % à 50 % de la population. Les dirigeants politiques ont connu des taux de popularité exceptionnels. En 2013, le vent a tourné. Le taux de croissance est aujourd’hui en berne et la classe politique est engluée dans des scandales de corruption. Un rebond du Brésil est toutefois possible.
Le Brésil subit actuellement l’une des plus graves crises politique et économique de son histoire moderne – et certainement la plus sévère depuis le retour de la démocratie au milieu des années 1980. Enfant chéri de la mondialisation pendant une bonne partie de la dernière décennie, le pays est brutalement tombé de son piédestal. L’accès de pessimisme tient en partie à la tendance des experts en relations internationales et des commentateurs du marché à voir le monde comme inexorablement pris dans un mouvement – toujours plus rapide – de transfert de puissance d’un grand marché à un autre. Hier encore, les BRICS apparaissaient comme la pierre de touche d’un nouvel ordre mondial et un eldorado de l’investissement ; aujourd’hui, les caprices des vents de la finance veulent accorder à un autre acronyme son quart d’heure de célébrité.
Sur le plan économique, le Brésil connaît sa plus sévère dépression depuis de nombreuses décennies. Son produit intérieur brut (PIB) a baissé de près de 10 % en quatre ans, le taux de chômage a explosé et le déficit budgétaire tend à se creuser. Sur le plan politique, le pays est confronté à une procédure de destitution de la présidente, à un gigantesque scandale de corruption touchant la totalité de la classe politique et, dernièrement, à une vague de contestation dans les rues des grandes villes où des millions de citoyens ont dénoncé le manque de réactivité – et parfois de responsabilité – de la classe politique.
Ces événements ont conduit le système politique à une quasi-paralysie et manifesté l’incapacité des dirigeants à répondre aux nombreux défis auxquels le pays doit faire face.
Il y a encore quelques années, le Brésil connaissait une des périodes les plus « dynamiques » de son histoire, avec un taux de croissance « à la chinoise » (7,5 % en 2007), un développement social considérable permettant à des millions d’habitants de sortir de la pauvreté et de rejoindre le marché de la consommation. Luis Inacio « Lula » da Silva était alors le président le plus populaire qu’ait connu le pays, avec un taux d’approbation de 73 % en 2010.
Alors, qu’est-il arrivé au Brésil ? Comment et pourquoi la situation économique et politique s’est-elle détériorée aussi rapidement ? Où va le pays ? Le Brésil a connu plusieurs cycles d’expansion-récession. Pour savoir s’il est affecté aujourd’hui par un nouveau cycle, un examen précis des récents événements politiques et économiques doit être réalisé. […]
PLAN
- La fin de l’essor des matières premières
- L’ascension
- La chute - La « nouvelle classe moyenne »
- Corruption
- Sentiment antipolitique
- Le Brésil submergé ?
Joao Augusto de Castro Neves, docteur en science politique de l’université de Sao Paulo, est directeur du département Amérique latine d’Eurasia Group.
Bruno Koltai Reis, docteur en économie de l’université de Sao Paulo et titulaire d’un DEA en relations internationales de la Sorbonne, est directeur du bureau d’Eurasia Group au Brésil.
Cet article est traduit de l’anglais par Cécile Tarpinian.
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