Faire face à la Russie
Moscou cherche à remettre en cause l’ordre international libéral dominé par les États-Unis. Le président Poutine multiplie les coups de force et tente de diviser les Occidentaux. Il promeut une « révolution conservatrice » et soutient les formations populistes en Europe. Pourtant, la Russie est plus faible qu’il n’y paraît. Son économie est chancelante et sa structure démographique problématique. Face aux coups de boutoir de Moscou, les capitales occidentales doivent faire preuve de fermeté.
La Russie serait donc au mieux imprévisible. Vladimir Poutine serait le nouveau « maître du monde », l’homme qui déterminerait les résultats des présidentielles américaines, ferait la pluie et le beau temps au Moyen-Orient et en Europe. Les actions russes des dernières années – invasion de l’Ukraine, annexion de la Crimée, intervention en Syrie – sont décrites comme d’immenses « surprises stratégiques », pour les avis les plus neutres et mesurés, ou comme un « véritable triomphe de la Russie », pour les plus enclins au lyrisme. Si le terme de « triomphe » ne mérite pas qu’on s’y attarde, la surprise est bel et bien là. Pourquoi sommes-nous si surpris par la Russie ? La réponse la plus évidente serait de considérer que nous ne la comprenons pas assez. La plupart des opinions sur la Russie peinent à saisir la nature du régime, ses mécanismes de prise de décision, la culture politique de son leadership, son ethos, ses instincts et ses objectifs.
De grandes ambitions pour peu de moyens
En mars 2014, Barack Obama définissait la Russie comme une puissance régionale menaçant ses voisins immédiats, non par sa force mais par sa faiblesse. Quelques mois auparavant, le même Obama comparait Poutine à un enfant s’ennuyant au fond de la classe. Si le propos peut paraître excessif, il n’est pas pour autant dénué de bon sens. La Russie est une puissance fragile, son régime vit dans une peur constante d’être renversé par un mouvement populaire inspiré voire manipulé de l’extérieur. Au moins depuis la deuxième guerre de Tchétchénie, sa stratégie de survie se fonde sur la consolidation de l’État sécuritaire, sur une fuite en avant guerrière (Géorgie, Ukraine, Syrie), et la confrontation idéologique, informationnelle et hybride avec l’Occident. Le Kremlin voit les relations internationales comme une succession d’opérations spéciales, se considérant comme victime des opérations des puissances hostiles, qu’il s’agisse des révolutions dites « de couleur » dans les pays à ses frontières, des agissements de l’opposition interne, ou des élargissements de l’OTAN ou de l’Union européenne.
La Russie de Poutine, sans avoir retrouvé le rang de l’Union soviétique, est néanmoins parvenue à se muer en une puissance tactiquement agile qui n’hésite pas à prendre des risques. Cette agilité tactique est due à la spécificité de son régime, qui se caractérise par l’accaparement du pouvoir politique et économique par les acteurs venant des services de sécurité, ainsi que par la suppression des contre-pouvoirs, opposition politique ou médias indépendants. […]
PLAN
- De grandes ambitions pour peu de moyens
- Une puissance idéologique ?
- Une nouvelle classe dirigeante
- Le modus operandi russe : la guerre hybride
Thorniké Gordadzé a été ministre d’État pour l’Intégration européenne et euro-atlantique de la République de Géorgie. Docteur de l’Institut d’études politiques de Paris, il est conseiller pédagogique et recherche à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).
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Faire face à la Russie
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