SWIFT : de la neutralité à l'arme géopolitique ?
Après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les pays occidentaux ont adopté plusieurs paquets de sanctions contre Moscou. Parmi ces mesures, la déconnexion du système SWIFT – qui facilite les échanges interbancaires – a été décrite comme une « arme nucléaire financière ». Il est encore difficile de mesurer l'impact précis de ces sanctions, mais on s'achemine vraisemblablement vers la mise en place progressive d'un « rideau de fer financier » entre la Russie et l'Occident.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022 a provoqué un ensemble de sanctions économiques et financières d’une portée et d’une envergure probablement inédites dans l’histoire de l’Union européenne (UE). Pour la troisième fois en une décennie, le réseau SWIFT – qualifié d’« arme nucléaire financière » par le ministre français de l’Économie et des Finances – a été utilisé. En pratique, dans le cadre des sanctions édictées par les Européens, les Américains et leurs alliés, des banques russes ont perdu l’accès à la plateforme de messagerie financière. Il est désormais interdit pour leurs homologues occidentales d’échanger et d’effectuer des transactions avec elles via ce service. Si l’intention première de ces sanctions semble sans ambiguïté – augmenter le coût de la guerre pour le pouvoir russe et l’amener à la table des négociations –, on peut bien sûr s’interroger sur leur efficacité et leurs conséquences.
Qu’est-ce que SWIFT ?
La Société pour les télécommunications financières interbancaires mondiales (ou Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication – SWIFT) est une société coopérative de droit belge fondée le 3 mai 1973, dont le siège social se situe aujourd’hui à La Hulpe, près de Bruxelles. À l’époque de sa fondation, SWIFT comprenait 239 banques membres issues de 15 pays. La motivation ayant présidé à la création de cette plateforme de communications interbancaires était de remédier aux inefficiences des systèmes de télégramme et de télex encore couramment utilisés à l’époque pour réaliser des paiements internationaux. L’objectif était donc de doter les banques d’une plateforme propriétaire sécurisée d’échange de messages destinée à les remplacer. Le développement de SWIFT finit par être un énorme succès, et la plateforme est devenue une pierre angulaire du système de paiement international.
Ainsi SWIFT connecte-elle plus de « 11 000 organisations bancaires et de titres, infrastructures de marché et entreprises clientes dans plus de 200 pays et territoires, leur permettant de communiquer en toute sécurité et d’échanger des messages financiers d’une manière fiable ». En 2021, la plateforme a permis l’acheminement de plus de 10,5 milliards de messages, soit une moyenne journalière d’environ 42 millions de messages pour 4 milliards de comptes bancaires répertoriés et 40 000 routes actives entre membres du réseau. Par ailleurs, la qualité de service et la résilience du réseau sont très élevées, avec une fiabilité affichée de 99,999 % (la « culture des cinq neuf »). […]
PLAN
- Qu’est-ce que SWIFT ?
- Histoire de SWIFT
- La gouvernance et la supervision de SWIFT
- SWIFT en Russie - Le débranchement de SWIFT : deux précédents historiques
- Le cas de l’Iran
- La menace de sanctions suite à l’annexion de la Crimée
- Le cas de la Corée du Nord - Les sanctions européennes contre la Russie
- Le débranchement de la Russie de SWIFT est-il une sanction efficace ?
- Quelles conséquences pour l’avenir ?
Alexis Collomb est titulaire de la chaire Finance de marché au Conservatoire national des arts et métiers.
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