L'Open Source Intelligence dans la guerre d'Ukraine
L'omniprésence des réseaux sociaux et des services d'imagerie satellite a donné naissance à une forme de renseignement ouvert (ou OSINT) qui n'est plus l'apanage restreint d'agences gouvernementales. Le conflit en Ukraine donne une toute nouvelle ampleur au phénomène. L'étude des premiers mois de la guerre montre comment elle nourrit une forme de professionnalisation des outils et méthodes d'OSINT employés par un public de passionnés, et comment ces communautés influencent le déroulement du conflit.
La guerre en Ukraine est singulière dans le sens où, pour la première fois en 77 ans, un conflit armé entre deux nations développées a éclaté à la frontière de l’Union européenne, menaçant très sérieusement de s’intensifier et de s’étendre à la région. À travers un flux constant de reportages, d’images et de vidéos d’une guerre qui se déroule à sa porte, le public stupéfait découvre la guerre presque en temps réel. Et c’est bien là ce qui pourrait constituer l’un de ses aspects clés : l’énorme quantité d’images, de témoignages et d’enregistrements transmis directement et en temps quasi réel par les civils, les équipes de secours, les dirigeants politiques et les soldats eux-mêmes. Dans ce conflit, le brouillard de la guerre semble paradoxalement émaner non d’un manque d’informations, mais au contraire de la quantité écrasante de données diffusées en ligne au grand public, la difficulté étant de distinguer le vrai du faux, l’authentique du manipulé, le structurel de l’anecdotique.
Dans ce contexte, les agences gouvernementales semblent avoir perdu leur monopole du renseignement. De simples utilisateurs de Twitter se sont révélés de fins détectives, suivant les mouvements des troupes, recueillant des preuves sur les crimes de guerre et livrant au grand jour un combat contre la désinformation, bien loin de la confidentialité des rapports top secret. Le renseignement sur sources ouvertes (Open Source Intelligence, OSINT) n’a pas été inventé en Ukraine, mais ce conflit l’a assurément établi comme une nouvelle force impossible à ignorer, produisant des récits alternatifs et donnant au grand public un certain pouvoir en lui permettant d’accéder à des outils hier du strict apanage des agences de renseignement.
Une multitude d’acteurs ont saisi cette nouvelle opportunité, qu’il s’agisse de collectifs d’investigation en ligne comme Bellingcat, de grands journaux comme le New York Times ou le Washington Post, d’entreprises comme Jane’s ou d’individus isolés recueillant des informations sur les réseaux sociaux pendant leur temps libre. L’OSINT a changé le visage de la guerre depuis le conflit en Syrie, et l’Ukraine concrétise le pouvoir conféré aux populations par ce nouveau type de renseignement. […]
PLAN
- Percer le brouillard de la guerre
- De l’information au renseignement
- Contribuer au récit de la guerre
- Contre les crimes de guerre
Sophie Perrot prépare un master en études stratégiques à la S. Rajaratnam School of International Studies de l'université de technologie de Nanyang à Singapour. Elle travaille actuellement dans le secteur de la défense à Singapour.
Traduit de l'anglais par Cadenza Academic Translations.
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