Ukraine : un changement d'ère nucléaire
La guerre en Ukraine confirme l'entrée dans un nouvel âge nucléaire. Vladimir Poutine a en effet brandi à plusieurs reprises la menace de l'emploi d'armes nucléaires. Dans ce contexte, il est impératif de repenser la dissuasion et de mettre en oeuvre des stratégies de mise en échec de la « sanctuarisation agressive » pratiquée par la Russie. La lutte contre la prolifération nucléaire doit être une autre priorité.
L’offensive russe en Ukraine a été marquée, notamment dans ses premières semaines, par le retour de la dialectique nucléaire avec des menaces plus ou moins voilées provenant de Moscou. L’un des moments forts a été la séquence diffusée fin avril sur la chaîne de télévision d’État russe. Les commentateurs présents, vantant les performances du missile balistique intercontinental (ICBM) Sarmat, s’amusaient de ce que Berlin, Paris ou Londres pourraient être détruites en un temps minime après un lancement depuis Kaliningrad. Pour les opinions occidentales – habituées depuis une trentaine d’années à une relégation au second plan des problématiques stratégiques nucléaires –, ces signaux ont été perçus comme un réveil douloureux, témoin d’un changement d’ère.
Ce nouvel âge nucléaire était néanmoins prévisible depuis quelques années. Avant son décès en 2012, Thérèse Delpech prédisait ainsi que le monde était « à l’aube d’une ère de piraterie stratégique, celle-ci se définissant à la fois comme absence de règles et tromperie » : de nouvelles doctrines nucléaires pourraient être mises en œuvre et les stratégies de dissuasion seraient plus difficiles à mettre en place efficacement. Cette évolution était notamment perceptible en Asie, avec les acteurs chinois et nord-coréen. La première crise d’un nouvel âge était généralement attendue dans cette zone, mais c’est finalement en Europe qu’a été inaugurée cette nouvelle ère, le 24 février 2022.
La dimension nucléaire avérée de la guerre en Ukraine
Une sanctuarisation agressive de l’Ukraine par la Russie
La dimension nucléaire de la crise ukrainienne a été perçue avant même le déclenchement de l’invasion. Lors de la conférence de presse commune qui clôt la rencontre entre les présidents Macron et Poutine le 7 février 2022, le chef de l’État russe a rappelé que si l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et la Russie ne disposaient pas du même potentiel militaire, Moscou possédait néanmoins des armements nucléaires supérieurs à ceux d’autres pays. Un pas supplémentaire était franchi le 19 février, à l’occasion de l’exercice des forces stratégiques russes « Grom 2022 », conduit sous la supervision directe de Vladimir Poutine en présence du président biélorusse Alexandre Loukachenko, au cours duquel furent lancés plusieurs missiles stratégiques. […]
PLAN
- La dimension nucléaire avérée de la guerre en Ukraine
- Une sanctuarisation agressive de l’Ukraine par la Russie
- La dissuasion entre la Russie et l’Alliance atlantique - La crise ukrainienne et ses répercussions dans un monde nucléaire multipolaire
- Vers un regain de la prolifération nucléaire ?
- La dissuasion nucléaire élargie américaine : plus actuelle que jamais
- Un impératif : faire échec à la sanctuarisation agressive
Jean-Louis Lozier est conseiller du Centre des études de sécurité de l'Ifri. Vice-amiral d'escadre (2S), il a notamment été chef de la division Forces nucléaires de l'État-major des armées et inspecteur des armements nucléaires.
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Ukraine : un changement d'ère nucléaire
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