L’action internationale des villes et des collectivités territoriales
L’épidémie de COVID-19 a mis en lumière les défaillances de certains États et, a contrario, la capacité de collectivités territoriales à jouer un rôle actif dans la gestion de crise. L’action extérieure de ces collectivités est en pleine transformation. Villes, régions et autres États fédérés tendent à s’affirmer comme des acteurs à part entière des relations internationales. Certaines mégalopoles recrutent des diplomates de carrière et de nouvelles formes de « paradiplomatie » émergent.
À l’heure où le COVID-19 frappe l’ensemble de la planète, l’État westphalien semble bien faire de la résistance, pour reprendre l’expression de Samy Cohen. Pourtant, dans le monde entier, la réaffirmation de l’omniprésence de l’État, avec notamment la fermeture des frontières, s’est accompagnée de son impuissance, et parfois de son désarroi, dans la gestion d’une crise sanitaire marquée également par la quasi-paralysie d’un système multilatéral global déjà fortement éprouvé par le comportement de l’administration Trump.
A contrario, cette crise a également montré la capacité des villes et collectivités territoriales à suppléer à certaines carences des États par leurs initiatives et leur implication dans la « diplomatie des masques ». Plus encore, la situation que nous vivons depuis le début de 2020 offre une opportunité majeure aux gouvernements locaux, à travers leurs multiples réseaux, de s’impliquer activement dans la reconstruction d’un nouveau multilatéralisme, compte tenu des défaillances du multilatéralisme interétatique.
C’est du moins ce que des chercheurs et praticiens en charge de l’action extérieure au sein des gouvernements sub-étatiques n’ont pas manqué de revendiquer. Ainsi la responsable des affaires internationales de la ville de Los Angeles – l’ancienne ambassadrice Nina Hachigian – et un chercheur de la Brookings Institution – Anthony Pipa – s’interrogent sur l’occasion qui s’offre aux villes d’être les moteurs de la refondation d’un « ordre mondial post-pandémique ». En France, Justin Vaïsse – ancien directeur du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère des Affaires étrangères – considère que « le renforcement des États est en partie un trompe-l’œil », et affirme : « Les villes et les collectivités locales, particulièrement touchées, ont joué un rôle-clé contre le virus, poursuivant leur discrète montée en puissance dans la société internationale – souvent contrée par les États, d’ailleurs ».
La diplomatie des villes : une fonction trop ignorée ?
La discipline des relations internationales n’a jamais fait grand cas de la « diplomatie des villes ». L’objet peine à se construire. Il n’y a pas davantage d’accord sur la terminologie à employer. Ainsi, dans le Manuel de diplomatie paru en 2018, pas moins de trois contributions en traitent selon des points de vue qui s’ignorent mutuellement : « La paradiplomatie », « Diplomaties sub-étatiques : régions, parlements et collectivités territoriales » et « La diplomatie des acteurs non étatiques ». […]
PLAN
- La diplomatie des villes : une fonction trop ignorée ?
- La légitimation d’une « paradiplomatie » sélective et efficace
- « L’aide au développement est complètement dépassée »
- Des diplomates à la mairie
- L’invention de la ville à l’international
Yves Viltard est maître de conférences émérite en science politique à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
L’action internationale des villes et des collectivités territoriales
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesTrump, l’Europe et l’OTAN : retour vers le futur
Donald Trump a fortement critiqué l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et mis en doute la volonté des Européens de payer pour leur propre défense. Les tensions dans les relations transatlantiques ont été qualifiées de « crise ». Pourtant, la situation actuelle s’inscrit dans une certaine continuité historique. En 70 ans d’existence, l’OTAN a traversé des crises bien plus graves et a fait preuve d’une résilience remarquable. L’Alliance atlantique, pour peu qu'on la soutienne, a de beaux jours devant elle.
Faut-il créer une agence de renseignement européenne ?
Après chaque attentat majeur sur le sol européen, des voix s’élèvent pour demander la création d’une agence européenne de renseignement. Pourtant, la coopération entre services de renseignement des États-membres de l’Union européenne fonctionne bien. La création d’une telle agence induirait plus d’inconvénients que d’avantages. En l’état actuel de la construction européenne, la communautarisation du renseignement ne saurait être un gage de protection supplémentaire pour les citoyens européens.
Soudan : après la chute d’Omar el-Béchir, les défis de la transition
Le 11 avril 2019, le président du Soudan, Omar el-Béchir, a été poussé à la démission sous la pression de son appareil sécuritaire et des manifestants mobilisés depuis plusieurs mois. Cet événement a mis fin à trente ans d’un régime militaire et islamiste. Il marque le début d’une double transition – post-autoritaire et post-conflit – particulièrement complexe. Le maintien des militaires au pouvoir et l’inclusion des groupes rebelles constituent des défis majeurs.
Internet rattrapé par le droit
À l’origine, Internet apparaissait comme un nouvel espace de liberté. Dépourvu de frontières, il semblait pouvoir s’affranchir du contrôle des autorités étatiques. Toutefois, des dérives et des atteintes à la sécurité ont poussé les États à affirmer leur souveraineté sur le cyberespace. Ce dernier a progressivement été rattrapé par le droit. Toutefois, cette évolution ne se fait pas sans résistance et révèle de fortes tensions entre les États eux-mêmes et entre les secteurs public et privé.