L’African National Congress ou le difficile exercice du pouvoir
L’African National Congress (ANC), qui gouverne l’Afrique du Sud depuis la fin de l’apartheid, est en déclin. Le parti est secoué par des affaires de corruption qui touchent le président Jacob Zuma et a perdu la confiance d’une partie de ses électeurs. Concurrencé sur sa gauche et sa droite, il a été battu aux élections municipales de 2016 dans plusieurs grandes villes. L’avenir de l’ANC se jouera en partie à sa conférence nationale en décembre 2017 où la succession de Zuma doit être réglée.
Le 8 janvier 2017 l’African National Congress (ANC) fêtait à Soweto son 105e anniversaire. Des dizaines de milliers de personnes des différentes provinces rendaient hommage à l’un des plus anciens mouvements de libération du continent, parti au pouvoir depuis les premières élections libres de 1994. L’ancienneté du parti et cette capacité de mobilisation rappelaient son poids et sa légitimité incontestés dans l’espace politique sud-africain. Depuis sa création en 1912, l’ANC a su se régénérer, se transformer et s’adapter, passant notamment du statut d’« organisation terroriste » durant la période d’apartheid à celui de mouvement respecté et célébré à travers le monde. Son prestige est notamment lié à sa contribution majeure à une transition démocratique réussie, articulée autour de l’idée de réconciliation promue par la figure iconique de Nelson Mandela.
Depuis la fin de l’apartheid, l’ANC exerce le pouvoir de manière quasi hégémonique et se confronte à une nouvelle phase de sa longue histoire : la mutation d’un mouvement de libération en parti de gouvernement, responsable des politiques publiques et devant rendre des comptes aux électeurs. De telles mutations sont légion sur le continent, et l’on a souvent observé ailleurs des organisations suivant des trajectoires peu conformes aux normes démocratiques, et contrevenant à leurs idéaux fondateurs. Le cas de la Zimbabwe African National Union (ZANU) au Zimbabwe en est l’illustration la plus évidente. L’Afrique du Sud est aujourd’hui une démocratie qui organise des élections transparentes et où les contre-pouvoirs sont nombreux. On peut notamment citer des médias libres et de qualité, une opposition et une société civile structurées, des intellectuels présents dans le débat public, une autorité judiciaire indépendante et efficace : tant d’éléments qui devraient prémunir l’ANC, et l’Afrique du Sud, d’une dérive comparable à celle de son voisin zimbabwéen.
Pourtant, plus de 25 ans après la fin de l’apartheid, certains éléments suscitent de vives inquiétudes. Tout d’abord, une partie de la population sud-africaine est confrontée à une situation économique et sociale délétère. Les inégalités demeurent très importantes, le taux de chômage très élevé, l’accès aux services publics déficient. Plus inquiétant, les disparités sociales sont encore souvent calquées sur des disparités raciales. Ceci met à mal l’idée de réconciliation, notion fondatrice de l’Afrique du Sud post-apartheid, qui ne s’est pas suffisamment matérialisée en transformations concrètes pour une partie de la population. Les dividendes économiques de la démocratie se font encore attendre.
PLAN
- Un repli électoral
- Un président décrédibilisé
- Divisions dans un contexte de succession
Victor Magnani est chargé de projets au programme Afrique subsaharienne de l’Ifri.
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