L’Iran renoncera-t-il à l’arme nucléaire ?
En juillet 2015 a été conclu un accord sur le programme nucléaire iranien. Les restrictions imposées à Téhéran sont cependant en deçà des objectifs fixés par le Conseil de sécurité. Nombre d’analystes doutent de la sincérité des dirigeants iraniens et pensent que le temps joue en faveur de l’Iran. L’évolution des équilibres stratégiques au Moyen-Orient, de possibles changements à la tête du régime iranien et la détermination de la communauté internationale pèseront sur l’avenir de ce programme.
La mise en œuvre, à partir du 16 janvier 2016, du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), accord sur l’avenir du programme nucléaire iranien du 14 juillet 2015 conclu à Vienne entre le groupe des Six (Allemagne, France, Royaume-Uni, États-Unis, Russie, Chine) et l’Iran, a refermé une crise diplomatique ouverte en 2002. À l’époque, la révélation de la construction clandestine par l’Iran d’une installation d’enrichissement d’uranium à Natanz et d’un réacteur nucléaire à l’eau lourde à Arak – capable de produire du plutonium – avait suscité les soupçons de la communauté internationale à l’égard d’un programme nucléaire militaire. Ces soupçons avaient été confirmés par l’existence de travaux iraniens liés aux technologies de militarisation des matières nucléaires fissiles, et d’un programme de missiles balistiques susceptibles d’emporter une arme.
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a confirmé depuis que l’Iran avait bien « exécuté des activités qui ont trait à la mise au point d’un dispositif nucléaire explosif (…) dans le cadre d’un programme structuré ». L’intention de l’Iran de se mettre en situation de pouvoir fabriquer une arme nucléaire, quoique sa volonté de « passer à l’acte » soit restée incertaine, ne fait donc pas de doute. En dépit des pressions internationales (entraves légales et physiques à l’importation d’équipements sensibles, sanctions économiques, actions clandestines de sabotage, voire menace du recours à la force armée), Téhéran s’est montrée déterminée depuis le début de la crise à préserver cette capacité technique, en refusant de renoncer à ses activités d’enrichissement de l’uranium, de reconnaître avoir travaillé sur la militarisation, et d’accepter des restrictions à son programme de missiles. Ces trois lignes rouges iraniennes, qui allaient à l’encontre des trois exigences principales exprimées par le Conseil de sécurité des Nations unies, ont pourtant été défendues par les négociateurs iraniens du JCPOA.
Faute de pouvoir obtenir de Téhéran qu’elle ferme complètement la porte à une option nucléaire militaire, les négociateurs du groupe des Six ont exigé que l’Iran n’ait plus, pour au moins une décennie, la capacité technique d’activer cette option sans être détecté immédiatement par les inspecteurs de l’AIEA, ni celle de le faire dans un délai si rapide qu’il ne permette à la communauté internationale de réagir. […]
PLAN
- Le JCPOA, un calcul iranien rationnel dans le temps long
- Renoncer à l’arme, mais pas à la capacité d’en avoir une
- Le choix de la patience stratégique - L’Iran et son option nucléaire après le JCPOA
- L’avenir chaotique de l’environnement régional.
- Les faiblesses du « pari de la modération » du régime iranien
- Cohabiter avec l’option nucléaire iranienne
Simond de Galbert est chercheur invité au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington D.C.
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