Négociations climatiques et commerciales : itinéraires croisés
Depuis quelques années, les négociations multilatérales en matière commerciale et climatique connaissent des trajectoires différentes. Alors que la COP21 est vue comme un succès historique, les avancées dans le domaine commercial sont moins spectaculaires. Au-delà des enjeux respectifs – qui paraissent plus importants et urgents dans le domaine climatique –, des différences intéressantes peuvent être notées au sujet des modes de négociation ou du degré de contrainte pesant sur les parties.
Les négociations multilatérales dans les domaines commercial et climatique lancées au début du XXIe siècle ont été soumises à rude épreuve en 2009, laissant craindre des divergences irréconciliables entre négociateurs. Sept ans plus tard, où en sommes-nous ? Sur le changement climatique, la COP21 de décembre 2015 a abouti à un succès historique avec l’adoption de l’accord de Paris, qui est entré en vigueur dès le 4 novembre 2016. Cet accord global a établi des objectifs ambitieux posant les jalons d’une nouvelle phase de coopération multilatérale pour faire face aux changements climatiques.
En matière commerciale, quelques jours plus tard, la Conférence ministérielle de Nairobi a certes débouché sur un accord historique sur l’élimination des subventions à l’exportation dans le domaine agricole, mais a aussi acté des divergences persistantes entre les membres de l’OMC sur la manière de poursuivre les négociations de Doha initiées en 2001.
Comment comprendre les chemins divergents suivis par chacune de ces deux négociations et quelles perspectives peut-on envisager compte tenu de l’instabilité actuelle du contexte international ?
Des facteurs de blocage initiaux communs
Les négociations multilatérales sur le changement climatique et sur le commerce ont bien sûr des objectifs différents : la première vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à aider les pays les plus pauvres à faire face aux conséquences du changement climatique. La seconde vise à contribuer à la croissance économique et au développement, en particulier des pays les plus pauvres, par le biais d’une libéralisation accrue du commerce international. […]
PLAN
- Des facteurs de blocage initiaux communs
- Climat : de la défaite de Copenhague au triomphe de Paris ?
- Commerce : de l’échec de Genève au pragmatisme de Nairobi ?
- Commerce et climat, différences et similitudes
- Perception des enjeux : climat à la hausse, commerce à la baisse ?
- Accord holistique pour le climat, accords fragmentés pour le commerce ?
- Des négociations à la carte pour le commerce, innovantes pour le climat?
- Respect des engagements : contraignant pour le commerce, flexible pour le climat ? - Paris un début, Nairobi une fin ?
Cédric Pène, ancien conseiller à la délégation permanente de la France auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), est depuis 2010 conseiller au sein de la division de l’agriculture et des produits de base de l’OMC.
Daniel Ramos est officier juridique à la division du commerce et de l’environnement de l’OMC.
Ludivine Tamiotti travaille à l’OMC depuis 2001. Elle est en charge de l’équipe environnement au sein de la division du commerce et de l’environnement. Elle est auteur principal du rapport de l’OMC et du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) sur le commerce et le changement climatique.
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