Obama ou le retour de la Realpolitik
Pour Barack Obama, l’heure du bilan a sonné. En matière de politique étrangère, deux axes se dégagent de son double mandat : d’une part, une volonté de désengagement du Moyen-Orient contrariée par l’émergence de Daech, et d’autre part un « pivot » vers l’Asie ayant notamment pour but de freiner la montée en puissance de la Chine. D’une manière générale, Obama a fait preuve de retenue sur la scène internationale, préférant concentrer ses efforts sur le nation building at home.
À l’ère de la globalisation, le paysage du XXIe siècle semble jusqu’ici peu propice à la concentration d’un pouvoir hégémonique aux mains d’un seul État. À cet égard, Brzezinski prévenait en 1997 : « Puisque la puissance sans précédent des États-Unis est vouée à décliner au fil des ans, la priorité stratégique est donc de gérer l’émergence de nouvelles puissances mondiales de façon à ce qu’elles ne mettent pas en péril la suprématie américaine. » Pour ce faire, il incombe à Washington de hiérarchiser ses priorités de court, moyen, et long termes, pour faire face aux changements de l’échiquier mondial, avec une stratégie globale adaptée. Cela n’implique pas un changement dans ses objectifs de politique étrangère. La continuité de la politique américaine, en dépit des évolutions du contexte international, est emblématique de la stabilité et du poids de l’héritage historico-culturel d’une nation sur son comportement international. Ce qui est bien souvent perçu comme un changement renvoie en réalité à des différences d’approches et de styles personnels des présidents et de leurs administrations. À l’heure de nouvelles présidentielles aux États-Unis, il est particulièrement intéressant de s’arrêter sur le bilan de la présidence Obama, ses points de continuité et de rupture par rapport à l’histoire de la politique étrangère américaine.
Dès 1967, le sénateur américain Fulbright prévenait du danger qui menaçait la responsabilité américaine dans le monde : « Malgré ses conséquences dangereuses et contre-productives, l’idée d’être responsable du monde entier semble flatter les Américains, et je crains que cela nous monte à la tête, tout comme le sens de responsabilité universelle est monté à la tête des anciens Romains et de l’Angleterre du XIXe siècle. » Les États-Unis ont ainsi trop souvent perdu de vue le principe fondamental de toute politique étrangère, défini jadis par Richelieu : « La chose qui doit être soutenue, et la force qui doit la soutenir, doivent être géométriquement proportionnelles. » Après huit années à la Maison-Blanche, force est de constater que l’administration Obama a bien tâché d’appliquer ce principe dans sa politique étrangère.
Si les États-Unis ont toute chance de demeurer encore pour quelque temps « la superpuissance », nous nous orientons sans doute doucement vers une redistribution plus équilibrée de la puissance. Une situation économique précaire, la présence de forces américaines sur de multiples théâtres d’opérations, le scepticisme de la population américaine à l’égard des penchants impériaux de certains courants idéologiques, etc., tous ces éléments ont encouragé une politique étrangère plus sélective et gestionnaire.
PLAN
- Un interventionnisme sélectif
- Le nation building at home
- Leading from behind
Tanguy Struye de Swielande est professeur à l’université catholique de Louvain.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Obama ou le retour de la Realpolitik
Sommet de l’OTAN à Varsovie : un bilan
En juillet 2016 à Varsovie, les alliés ont décidé le renforcement du flanc oriental de l’OTAN. Pour l’Alliance, cette mesure a trois implications : elle montre son unité et sa solidarité, la nécessité de faire face à la relation conflictuelle avec la Russie, enfin l’échec partiel de ses politiques de partenariat. Une question a cependant été éludée lors de ce sommet : la crédibilité du modèle porté par l’Alliance à la lumière de la dérive illibérale de plusieurs de ses membres.
Le salut par les armes ? Défense européenne et relance de l’Union
L’Europe se trouve aujourd’hui confrontée à un environnement géostratégique complexe au cœur duquel émerge, sous l’effet d’un terrorisme renouvelé, un véritable continuum entre les problématiques de sécurité et de défense. Face à ce constat inquiétant, la tentation du repli national est particulièrement vive. La mise en œuvre d’une sécurité collective est pourtant plus que jamais nécessaire, et elle doit s’appuyer, pour réussir, sur des solutions pragmatiques.
Adapter l’Alliance au nouvel environnement géostratégique
Le sommet de Varsovie a complété les décisions prises lors du sommet du pays de Galles, pour accroître la réactivité de l’Alliance et son adaptation au contexte stratégique. Défense collective, gestion des crises et sécurité coopérative doivent s’appuyer sur un renforcement des moyens budgétaires des États membres, sur le développement de nouvelles capacités, en matière de renseignement, de reconnaisance et de cyber défense, et sur une coopération renouvelée entre l’OTAN et l’Union européenne.
Méditerranée orientale : de l’eau dans le gaz ?
Depuis 2009, plusieurs gisements gaziers importants ont été découverts en Méditerranée orientale. Israël en a particulièrement bénéficié, ce qui n’a pas manqué d’avoir un impact sur les relations avec les pays voisins. Les tensions se sont par exemple accrues avec le Liban, la délimitation de la frontière maritime israélo-libanaise faisant l’objet d’un contentieux. La récente découverte d’un méga-gisement dans les eaux égyptiennes devrait modifier l’équilibre énergétique régional.