Quel bilan pour la Politique européenne de voisinage ?
Avec les élargissements de l’Union européenne de 2004 et 2007, les frontières de l’UE se sont déplacées vers l’est. Dans le cadre de la Politique européenne de voisinage puis du Partenariat oriental, l’UE tente d’entretenir de bonnes relations avec ses nouveaux voisins et de les faire évoluer vers la démocratie libérale. La Russie considère que cette approche menace ses intérêts et fait pression sur les anciennes républiques soviétiques pour qu’elles demeurent dans sa sphère d’influence.
Dans les années 1990, la Géorgie, l’Ukraine et la Moldavie ont été reconnus comme États indépendants, tout en continuant à faire partie de la sphère d’influence russe. Ces pays ont rejoint la Communauté des États indépendants (CEI), organisation regroupant alors les anciennes républiques soviétiques à l’exception des États baltes. À l’époque, la politique de l’Union européenne (UE) se concentrait principalement sur les pays d’Europe centrale candidats à l’adhésion. La coopération entre l’UE et les pays de la CEI s’était quant à elle donné pour cadre les Accords de partenariat et de coopération (APC). La Russie fut le premier pays à signer un APC en 1994, entré en vigueur en 1997. La Moldavie et l’Ukraine firent de même peu après, puis vinrent les pays d’Europe centrale et les républiques postsoviétiques d’Asie centrale. Ces accords ont ainsi permis d’établir de multiples relations de coopération, dans de nombreux secteurs, entre les nouveaux États indépendants et l’UE.
Avec l’adhésion à l’UE des pays d’Europe centrale et orientale en 2004 et 2007, les frontières de l’Union se sont déplacées vers l’est, pour toucher des pays comme la Moldavie, l’Ukraine ou la Biélorussie. Dans le même temps, certains de ces pays ont changé d’orientation géopolitique, se détournant de Moscou pour adopter des positions davantage pro-occidentales. Ces facteurs ont amené l’UE à repenser sa politique envers ses nouveaux voisins, tout en respectant leurs relations particulières avec la Russie. Un nouveau format de relations s’est en conséquence établi autour du concept de Politique de voisinage, qui fait de ces nouveaux voisins à la fois des partenaires et les constituants d’une zone tampon entre l’UE et la Russie. Cette dernière, sous la présidence de Vladimir Poutine, est passée du statut de premier partenaire oriental de l’UE et des États-Unis à celui d’acteur relativement imprévisible, cherchant à rétablir sa position dominante dans la zone postsoviétique, que certains politologues russes nomment l’« étranger proche » (blizhneye zarubezhye).
Ces trois facteurs politiques – élargissement de l’UE vers l’est, révolutions démocratiques en Géorgie, en Ukraine et en Moldavie, et refroidissement des relations UE/Russie – expliquent la volonté de l’UE d’étendre son influence dans cette nouvelle zone tampon. Cette influence politique est liée à la force même de l’UE : l’objectif principal de la communauté européenne est d’établir une zone transfrontalière stable, ce qui suppose qu’elle entretienne des relations cordiales avec tous ses voisins. De plus, l’UE voit là l’opportunité de transmettre ses propres valeurs à des pays en pleine transition politique et économique. [...]
PLAN
- Les objectifs de la politique de voisinage
- Forces et faiblesses du Partenariat oriental
- Euronest : le développement d’une coopération parlementaire
- Le choix géopolitique
Jakub Lachert, doctorant à la faculté de science politique de l’université de Varsovie, est spécialiste de la politique orientale de l’Union européenne.
L'article est traduit de l’anglais par Elsa Ryder.
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