Un renouvellement de la démocratie par le bas ? Les mouvements Indignés et Occupy
Depuis 2011, d’importantes mobilisations citoyennes dénoncent les politiques d’austérité et les dysfonctionnements de la démocratie représentative. Des mouvements comme les Indignés ou Occupy réclament la mise en place de nouvelles formes de pratiques démocratiques. Toutefois, pour pouvoir perdurer et se développer, ces mouvements sont obligés de s’insérer, au moins partiellement, dans le jeu politique traditionnel. L’émergence de Syriza en Grèce ou Podemos en Espagne en est l’illustration.
Du campement des Indignados de la Puerta del Sol aux Nuits Debout parisiennes, en passant par Occupy Wall Street ou Occupy Montréal : depuis 2011, de nombreuses mobilisations ont investi l’espace public pour réclamer et mettre en pratique de nouvelles formes démocratiques. Malgré la diversité de leurs contextes politiques et socio-économiques, ces mouvements ont en commun de dénoncer les limites d’une démocratie représentative en crise et de revendiquer une « démocratie réelle ». Les manifestants ont ainsi partout organisé des assemblées sur les places publiques pour mettre en pratique les formes démocratiques qu’ils appellent de leurs vœux. Quel premier bilan tirer de ces mobilisations près de cinq ans après leur émergence ? Sont-elles intervenues dans le jeu politique traditionnel, ont-elles impulsé un renouvellement de la démocratie par le bas ?
Cet article s’appuie sur une enquête de terrain menée sur le 15M (mouvement du 15 mai) à Madrid depuis 2011 et sur un ouvrage collectif sur les mouvements Indignés et Occupy en Europe et en Amérique du Nord, qui met en commun les travaux de chercheurs ayant suivi ces mobilisations en Espagne, en Grèce, en Irlande, en France, en Israël, aux États-Unis et au Canada. De cette comparaison ressortent certaines caractéristiques communes qui incitent à regrouper Indignés et Occupiers dans une même famille de mouvements sociaux.
L’émergence des mouvements Indignés et Occupy
Parmi les mécanismes et processus qui ont permis l’apparition et le développement de ces mouvements sociaux, deux éléments sont essentiels : la crise économique et les politiques d’austérité d’une part, la crise politique et la remise en cause de formes de représentation d’autre part.
La crise économique et l’austérité
Les Indignados comme les Occupiers dénoncent, à travers le slogan « Nous sommes les 99 % », la concentration des richesses et l’augmentation des inégalités de revenu aux dépens de la majorité de la population. […]
PLAN
L’émergence des mouvements Indignés et Occupy
- La crise économique et l’austérité
- Une crise de la délégation politique
- Indignés et Occupiers font explicitement le lien, dans le
La circulation internationale des expériences
- Des images et des militants qui circulent
- Des altermondialistes aux Indignés et Occupiers ?
Quel rôle pour les initiatives citoyennes dans l’action politique ?
- L’insertion des mobilisations dans le jeu politique
- L’émergence de nouveaux partis politiques
Héloïse Nez est maître de conférences en sociologie à l’université de Tours et membre de l’unité mixte de recherche Cités, territoires, environnement et sociétés (CITERES).
Pascale Dufour est professeur titulaire au département de science politique de l’université de Montréal, membre du Centre de recherche sur les politiques et le développement social (CPDS) et du Collectif interdisciplinaire de recherche sur la contestation (CRIC).
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