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Afghanistan : l'émirat taliban, acte II

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Cinq ans après la reprise de l'Afghanistan par les talibans, cet épisode du Monde selon l'Ifri dresse le bilan de l'Émirat islamique restauré : un pouvoir théocratique verrouillé depuis Kandahar, un « apartheid de genre » institutionnalisé, une économie exsangue et une relation de plus en plus conflictuelle avec le Pakistan.

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Afghanistan : l'émirat taliban, acte II - Podcast Le monde selon l'Ifri
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Dans ce nouvel épisode du Monde selon l'Ifri, Marc Hecker s'entretient avec Jean-Luc Racine, directeur de recherche émérite au CNRS et chercheur senior à Asia Centre, à l'occasion de la parution de son article « Où en est l'Afghanistan ? Le second règne des talibans » dans le numéro d'automne 2026 de la revue Politique étrangère.

Un pouvoir théocratique verrouillé à Kandahar

Vingt-cinq ans après le lancement de l'opération Enduring Freedom et cinq ans après la chute de Kaboul, les Talibans ont restauré l'Émirat islamique. Pour Jean-Luc Racine, ce retour découle notamment de l'accord de Doha de 2020, négocié par l'administration Trump en tenant à l'écart le gouvernement d'Ashraf Ghani. Si le gouvernement siège à Kaboul, l'autorité suprême revient à l'émir Haibatullah Akhundzada, reclus à Kandahar. La phase intérimaire a été close sans aucune perspective électorale, et les voix plus pragmatiques, comme celle du vice-Premier ministre Abdul Ghani Baradar, pèsent peu face à une ligne dure qui présente les injonctions du pouvoir comme d'essence divine.

L'« apartheid de genre »

Dès septembre 2021, le ministère de la "Propagation de la vertu et de la Prévention du vice" a imposé le voile intégral et conditionné les déplacements des femmes, y compris vers l'hôpital, à la présence d'un tuteur masculin (mahram). L'éducation des filles s'arrête à la fin du primaire et l'emploi féminin est proscrit dans les espaces mixtes, jusqu'au sein des agences de l'ONU, ce qui désorganise la santé et l'enseignement. Les appels de l'ONU comme ceux de l'Organisation de la coopération islamique restent lettre morte. En réaction, des femmes organisent des cours clandestins ou créent de petites entreprises exclusivement féminines.

Une économie exsangue

Classé 181e à l'indice de développement humain, l'Afghanistan affiche une croissance de 2 à 3 %, très insuffisante au regard de la détresse générale. Les grands projets de connectivité régionale, comme le gazoduc TAPI ou le réseau électrique CASA, restent bloqués ou ralentis, et l'insécurité freine l'exploitation des ressources minières, à l'image de la mine de cuivre convoitée par la Chine près de Kaboul. Le régime a quasiment éradiqué la culture du pavot, passée de plusieurs centaines de milliers à environ 10 000 hectares, au prix d'une grave crise de reconversion pour les paysans, tandis que le trafic de méthamphétamine progresse.

Des menaces sécuritaires persistantes

Malgré le déni de Kaboul, l'État islamique au Khorassan (EI-K), rival idéologique des Talibans, multiplie les attentats ciblés, notamment contre les chiites et des ressortissants chinois. Le Front national de résistance d'Ahmad Massoud bénéficie d'une visibilité à l'étranger, mais ne pèse pas militairement.

Entre ouverture pragmatique et rupture avec le Pakistan

Seule la Russie a officiellement reconnu le régime, mais une vingtaine d'États, dont la Chine, l'Inde, l'Iran, la Turquie, le Japon et les pays d'Asie centrale, maintiennent une présence diplomatique à Kaboul. La mission d'assistance des Nations unies (MANUA) poursuit son action dans un pays où plus de 20 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire. Avec Islamabad, en revanche, la rupture est consommée : au différend historique sur la ligne Durand s'ajoutent les accusations de soutien aux talibans pakistanais du TTP. Les frappes pakistanaises de mars 2026, jusque sur Kaboul, ont fait des victimes civiles. Le Pakistan a fermé les principaux points de passage et, comme l'Iran, renvoie massivement les réfugiés afghans, entre 1 et 2 millions de personnes au total.

Un régime appelé à durer

Faute d'opposition interne structurée ou de pression extérieure décisive, la ligne ultra-conservatrice fixée à Kandahar semble en mesure de perdurer au cours des cinq prochaines années.

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Marc Hecker

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Marc HECKER

Marc HECKER

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Directeur exécutif de l'Ifri, rédacteur en chef de Politique étrangère et chercheur au Centre des études de sécurité de l'Ifri