Fin du traité New Start : le risque de la course à l’armement nucléaire
Jeudi dernier, le traité New Start a expiré, mettant fin au dernier accord juridiquement contraignant entre Washington et Moscou sur la limitation des arsenaux nucléaires stratégiques : une première depuis plus d’un demi-siècle. Entrons-nous dans une nouvelle ère de prolifération nucléaire ?
Avec : Héloïse Fayet, chercheuse à l'Ifri (Institut français des relations internationales), spécialiste de la dissuasion nucléaire
Jeudi dernier, le traité “New Start” a expiré, mettant fin au dernier accord juridiquement contraignant entre Washington et Moscou sur la limitation des arsenaux nucléaires stratégiques : une première depuis plus d’un demi-siècle. Celle-ci intervient dans un contexte de guerre de tensions géopolitiques croissantes, de la guerre en Ukraine à la montée en puissance de la Chine… La fin de cet accord entre les deux puissances historiques de la guerre froide relance-t-elle pour autant la course à l’armement ? Après la période d’apaisement ayant suivi la guerre froide, sommes-nous entrés dans une nouvelle ère de prolifération nucléaire ?
La fin d'un cadre hérité de la guerre froide
Signé dans une période de détente entre les États-Unis et la Russie, New Start « limitait à 700 le nombre de lanceurs [...] et à 1 550 le nombre de têtes nucléaires stratégiques déployées », rappelle Héloïse Fayet, responsable du Programme Dissuasion et prolifération au Centre des études de sécurité de l'Ifri. La chercheuse souligne les limites de ce traité qui « ne concernait pas les armes nucléaires en stock et ça ne concernait surtout pas les armes nucléaires dites tactiques ou non stratégiques ; or les États-Unis et la Russie en ont beaucoup ».
Washington et Moscou ont historiquement accumulé des arsenaux bien plus importants, Héloïse Fayet rappelle qu’au pic de la guerre froide, le monde comptait près de 60 000 armes nucléaires, contre environ 12 000 aujourd’hui produit « d'un héritage de la maîtrise des armements nucléaires ». Cette accumulation est un choix des pays comme la Russie et les États-Unis « pour asseoir leur statut et leur prestige » mais aussi pour disposer d'un pouvoir de dissuasion, là où des pays comme la France ont opté pour une dissuasion plus limitée.
Vérification en panne et nouvel âge nucléaire
L’apport central du traité New Start résidait moins dans la limitation des arsenaux que dans ses mécanismes de vérification. « Plusieurs fois par an des inspecteurs russes qui allaient aux États-Unis et des inspecteurs américains qui allaient en Russie pour inspecter les arsenaux nucléaires de l'autre pays », on avait sur cette période une transparence inédite. Ce système a été suspendu pendant la pandémie, puis « les inspections n'ont jamais vraiment repris » en raison de la guerre en Ukraine. En février 2023, Vladimir Poutine avait suspendu l'application du traité, jugeant inacceptable la présence d’inspecteurs américains sur le sol russe. Héloïse Fayet souligne donc que « le cœur de New Start n'était pas tant la limitation de têtes nucléaires, mais bien cette vérification et cette confiance entre la Russie et les États-Unis ».
En l’absence de nouvel accord, le traité de non-prolifération nucléaire demeure le principal cadre existant, même si son engagement au désarmement « de bonne foi » paraît fragile. Héloïse Fayet écarte toutefois l’idée d’une course automatique aux armements puisque les deux pays « ont plus d'intérêt à s'observer mutuellement et à voir qui ira en premier franchir le seuil symbolique ». L’inquiétude se concentre désormais sur la Chine, « qui a doublé son arsenal nucléaire en quelques années ». Sans céder au défaitisme, la chercheuse souligne que « l'expiration de New Start n'est pas tellement une maladie mais un symptôme d'une maladie plus globale" avec un "détricotage de la maîtrise des armements nucléaires à des fins de compétition stratégique ».
>> Ecoutez l'épisode sur le site de Radio France.
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