« L'épopée de Lady Liberty » ︱ Le souper de Glatigny
Retour sur la naissance d’une idée : celle d'offrir un cadeau au peuple américain au nom du peuple français, pour célébrer le centenaire de leur Indépendance obtenue en 1776. Ce colosse mettra près de vingt ans à voir le jour. Découvrez dans quel contexte l’idée de Lady Liberty est née.
Avec :
- Renaud Meltz, historien
- Romain Huret, historien des États-Unis, président de l’EHESS
- Laurence Nardon, docteure en science politique, responsable du programme Amériques de l'Ifri (Institut Français des Relations Internationales)
- Arnaud-Dominique Houte, professeur d'histoire contemporaine à Sorbonne-Université
- Robert Belot, historien
1865. Tandis que la France vit sous le joug d’un régime impérial, les États-Unis sortent exsangues d’une guerre civile qui voit malgré tout la liberté triompher. C'est alors qu'un illustre professeur de droit, qui souhaiterait voir la France s’inspirer du modèle démocratique et libéral des États-Unis, propose d'offrir un cadeau au peuple américain. Un jeune sculpteur originaire de Colmar, séduit par le projet, propose d'élever un colosse.
Le professeur de droit
Cette idée est née dans la tête d’un des plus grands intellectuels du XIXᵉ siècle : Édouard de Laboulaye. Opposant au régime de Napoléon III, Laboulaye est un américanophile convaincu. En tant que professeur au Collège de France, il profite de ses cours de droit sur la Constitution américaine pour faire une critique implicite du régime impérial. En avril 1865, il organise un dîner chez lui, à Glatigny, près de Versailles, avec ses amis libéraux. À cette occasion, ils souhaitent rendre hommage au président Abraham Lincoln assassiné quelques jours plus tôt, ainsi que célébrer la fin de la guerre civile américaine et l’abolition de l’esclavage.
Cette victoire est également une célébration d’une liberté encore refusée en France. Au cours de cette réception, Laboulaye eut une idée : le peuple français fera don d’un cadeau au peuple américain, à l’occasion du centenaire de l’Indépendance américaine, soit en 1876. Ce cadeau se veut une célébration de la liberté - victorieuse aux Etats-Unis, et tant espérée en France - ainsi que de l’amitié franco-américaine née avec Lafayette. Un jeune sculpteur de Colmar, présent à ce dîner, s'intéresse à ce cadeau et propose de faire une statue colossale. Il s’appelle Auguste Bartholdi.
Le sculpteur alsacien
Aujourd'hui peu connu, Auguste Bartholdi est issu de la haute bourgeoisie protestante de Colmar. Descendant de notables, il a grandi dans une famille éclairée, proche des Lumières et des milieux germanophiles. Le jeune Auguste reçoit une éducation d’ouverture sur le monde. Très vite, il se trouve un gout pour le dessin. Sa mère lui trouve une place dans l’atelier du peintre Ary Schaeffer, maitre de la peinture romantique. C'est finalement vers la sculpture qu'auguste se tourne.
De nouveau grâce à sa mère et au réseau colmarien, le jeune sculpteur décroche ses premières commandes et rencontre ses premiers succès. Auguste Bartholdi devient l’un des sculpteurs les plus en vue du Second Empire. Or, le contexte politique est favorable au développement, voire à l'explosion, de l'art statuaire. Les régimes politiques s'appuient sur la sculpture pour construire une légitimité dans l'espace public, et ainsi, s'inscrire dans l'histoire longue du pays. Le XIXᵉ siècle réinvente les traditions et la statuaire connaît un âge d’or.
La rencontre de ces deux esprits fait naître l'idée d'un colosse, qui doit être offert au peuple américain en 1876. Pourtant, le projet de Laboulaye et Bartholdi ne voit pas immédiatement le jour... Les relations diplomatiques transatlantiques ne sont pas au beau fixe.
> Écouter le podcast sur le site de Radio France.
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