L’intelligence artificielle et la guerre : leçons d’Ukraine et du Moyen-Orient
En Iran comme en Ukraine, l'usage de l'IA à des fins militaires s'impose de plus en plus sur le champ de bataille. Jusqu'où des armes létales peuvent-elles devenir autonome ? Quelles transformations dans les manières de faire la guerre, sur le plan technologique, stratégique mais aussi éthique ?
En Europe comme au Moyen-Orient, la guerre se poursuit. En plus de quatre ans, l’invasion russe en Ukraine a profondément transformé la nature des opérations, le choix des armements, les priorités en termes d’engagement et de défense contre l’ennemi. Et voilà cinq semaines que les Etats-Unis, Israël et l’Iran se livrent à des bombardements massifs, impliquant de part et d’autre une large panoplie offensive et protectrice, allant de missiles extrêmement couteux aux drones désormais produits en masse, capables de ciblages extrêmement précis.
Ces deux guerres s’emboîtent en quelque sorte, démontrant l’ampleur et l’accélération du changement qui s’impose à tous, aux professionnels de la chose militaire comme aux responsables politiques et aux opinions publiques.
Depuis le renseignement jusqu’au feu de l’action, l’intelligence artificielle générative joue désormais un rôle majeur. Grâce aux drones et aux satellites, le champ de bataille devient transparent, il s’empare des zones urbaines, l’information en temps réel se rapproche dangereusement des jeux vidéo, la boucle rétrécit entre la captation des données, leur interprétation et la décision d’agir.
Plus l’automatisation s’accélère, plus se pose la question centrale du contrôle et du rôle de l’humain dans la prise de décision. A partir du moment où l’escalade, mais aussi l’arsénalisation de la guerre cognitive paraissent inévitables, comment maintenir des garde-fous éthiques ? La notion de seuil a-t-elle encore un sens ?
Titre Edito
Une rupture technologique et tactique profonde
Une rupture technologique et tactique profonde
La guerre devient de plus en plus hybride, l’intelligence artificielle démultiplie à l’infini les subterfuges de la désinformation. Le régime de Téhéran diffuse presque autant de messages trompeurs que le président des Etats-Unis, toute comparaison de style mise à part.
En Ukraine, de façon conventionnelle, le rapport de forces se calculait d’abord en nombre de tanks – aujourd’hui des experts ukrainiens vont aider l’Arabie Saoudite et les Emirats, pourtant gavés d’armement de pointe américain. Quelles leçons les professionnels tirent-ils déjà de telles expériences, quelles inflexions en termes de doctrine mais aussi de priorités industrielles ?
Au Moyen-Orient, les belligérants ont consommé une quantité d’armement sans précédent. Les Etats-Unis vont-ils détourner à leur profit les livraisons promises à l’Ukraine et payées par les Européens ?
La course à la puissance est-elle de plus en plus restreinte à quelques grands pays à leurs armées, à leurs industries, d’autres acteurs ont-ils les moyens de rester dans le jeu, à commencer par nous ?
Avec:
- Isabelle Ryl a co-écrit avec Jamal ATIF et J. Peter BURGESS l’ouvrage Géopolitique de l’IA. Les relations internationales à l’ère de la mise en données du monde, réédité en 2025 aux éditions du Cavalier bleu.
- Laure de Roucy-Rochegonde est l’autrice du livre La guerre à l'ère de l'intelligence artificielle. Quand les machines prennent les armes, paru aux éditions PUF en 2024.
- Jean-Paul Paloméros est l’auteur de l’article “Impact de la guerre en Ukraine sur la Transformation de l’Alliance” paru en février 2023 dans la Revue Défense Nationale.
- François Heisbourg a fait paraître le livre Le Suicide de l'Amérique chez Odile Jacob en 2025.
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