06
juil
2019
Espace Média L'Ifri dans les médias
Nele Katharina WISSMANN, citée par Alexandre Loc'h dans Le Figaro.fr.

En Allemagne, le mouvement des « indivisibles » a manifesté contre le racisme

Ce samedi se tenait une nouvelle manifestation contre le racisme à l’initiative du mouvement « Unteilbar », les indivisibles. Après un défilé monstre dans les rues de Berlin en 2018, les manifestants ont parcouru les rues de Leizpig avec un mot d’ordre : « Pour une société ouverte et libre - Solidarité au lieu d’exclusion ». 

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Le 13 octobre 2018, près de 242.000 Allemands déambulaient dans les rues de Berlin. Citoyens, artistes et politiques marchaient main dans la main pour lutter contre le racisme et la montée de l’extrême droite, entrée un an auparavant au Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand. Le mouvement « Unteilbar », « indivisible » en français, venait de naître. Ce samedi 6 juillet s’est tenu une nouvelle manifestation à son initiative contre le racisme, à Leipzig, avec un mot d’ordre : « Pour une société ouverte et libre - Solidarité au lieu d’exclusion ».

Cette fois plus de 30.000 personnes ont manifesté outre-Rhin. À Berlin, le cortège comptait quelque 8000 personnes tandis qu’à Hambourg, 4000 personnes ont participé au défilé. Au total, des sit-ins, défilés et rassemblements se sont déroulés dans une centaine de villes dans toute l’Allemagne.

Mais pour comprendre la naissance de «Unteilbar», il faut remonter encore plus loin, en 2014, aux origines du mouvement islamophobe Pegida (Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident). À l’époque, la politique d’asile et d’immigration allemande est vivement critiquée. Unteilbar s’inscrit alors comme une réponse à la montée de la haine dans le pays. Nele Wissmann, chercheuse associée de l’Institut français des relations internationales (IFRI), nous explique: « Joachim Gauck, président allemand de l’époque, s’est rendu sur les lieux d’une attaque aux cocktails Molotov contre un foyer de demandeurs d’asile. Il y prononce un discours qui fait débat, où il y distingue deux Allemagne : l’Allemagne de la lumière (Helles Deutschland) et celle des ténèbres (Dunkles Deutschland) ».

Un mouvement porté par l’actualité

Par ce discours, le président oppose les pro-réfugiés à la résurgence des rassemblements nazis. Une confrontation qui s’avère « de plus en plus brutale » pour Nele Wissmann, amenant donc le mouvement des indivisibles à faire entendre sa voix. Le mouvement est aussi poussé par des événements plus récents comme l’arrestation de Carola Rackete, la capitaine allemande du navire humanitaire Sea-Watch par l’Italie et le meurtre de Walter Lübcke, élu ouvertement pro-réfugiés et soutien d’Angela Merkel, commis par un néonazi.

Avant ces actualités, le mouvement prenait déjà de l’ampleur. Le 13 octobre 2018, les organisateurs n’attendaient que 40.000 personnes, pour finalement six fois plus de participants. Après la marche étaient prévus plusieurs concerts. Un moyen selon Nele Wissmann d’attirer les plus jeunes. En octobre dernier, l’intervention du chanteur Herbert Grönemeyer avait fait sensation. « Personne n’est plus allemand que les autres, il n’y a pas l’Allemagne, mais il y en a des millions. Et c’est la beauté indissociable de ce pays », avait-il plaidé sur scène.

Des enjeux politiques

À chaque naissance de mouvement de ce type se pose la question de l’apolitisme ou non de celui-ci. En l’occurrence, les « indivisibles » affirment n’être d’aucun. Pour autant, plusieurs formations ont rejoint le mouvement : Bündnis 90/Die Grünen, SPD, Die Linke. Une présence de l’extrême gauche qui a refroidi la CDU à apporter son soutien.

La marche de ce samedi n’est pas anodine. Comme le rappelle Nele Wissmann, elle ouvre « l’été de solidarité ». Pour elle, il faut s’attendre à de « nouvelles manifestations, par exemple à Dresde en août ». Pourquoi là-bas? «C’est le berceau de Pegida», rappelle-t-elle. « Ces choix ne sont pas anodins, toutes ces villes se trouvent en Saxe et votent en septembre », analyse Nele Wissmann. En 2019, l’Allemagne connaitra des élections dans trois régions : Saxe, Brandebourg et Thuringe. En Saxe et en Brandebourg le parti d’extrême droite AfD est passé première force politique lors des élections européennes. « Le parti cible désormais le poste de Ministre-Président dans ces régions, ce qui serait une première pour ces régions de l’ex-RDA », indique-t-elle.

Capable de perdurer dans le temps ?

La bonne marche du mouvement pourrait être perturbée par son ouverture. Celui-ci regroupant tant d’acteurs différents que les désaccords ne sont jamais loin. Nele Wissmann rappelle que « lors de la manifestation à Berlin, il y avait des paroles anti-israéliennes ». Selon elle, « de tels incidents risquent de faire fuir les ‘citoyens normaux’ ». Autre exemple : « Un groupe a participé à la marche sous la devise ‘Montrer son drapeau contre l’extrême droite’ tout en affichant un drapeau allemand. Ils ont été verbalement attaqués par l’extrême gauche lors de la manifestation. Cet incident a profondément choqué ces citoyens du milieu centre droit pour qui le drapeau allemand n’est plus un tabou ».

Nele Wissmann indique néanmoins que ce type d’incidents reste « minoritaires » et qu’une « ambiance bon enfant » a régné lors de la marche du 13 octobre. Elle relève aussi que « les hashtags #Esreicht (ça suffit) et #Unteilbar figure dans le top 5 des Hashtags les plus utilisés en 2018. »

 

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AfD Crise des réfugiés en Allemagne mobilisations citoyennes Allemagne