26
mai
2024
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Emmanuel Macron, en visite d'État en Allemagne, avec Frank-Walter Steinmeier, conférence de presse, Berlin - 26 mai 2024
Éric-André MARTIN, cité par Gregor Waschinski dans Handelsblatt

Emmanuel Macron en visite d'État en Allemagne - la dernière chance pour Scholz ?

Lors de la visite d'Emmanuel Macron à Berlin, Dresde et Münster, l'enjeu va au-delà du symbole. Le président français veut convaincre l'Allemagne et le chancelier de son orientation européenne.

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Berlin. Après son atterrissage à Berlin, Emmanuel Macron n'a pas été accueilli en premier lieu par les honneurs militaires, mais par les applaudissements d'écoliers et d'étudiantes. Le président français s'est exprimé dimanche lors de la fête citoyenne organisée au Reichstag pour célébrer les 75 ans de la Constitution allemande. C'est un "grand honneur" pour lui d'être présent à cette occasion.
 
Macron est en visite d'État en Allemagne, la première d'un président français depuis 24 ans. Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a déclaré aux côtés de Macron que cette visite était "une preuve de la profondeur de l'amitié franco-allemande".
 
Mais malgré toute cette amitié, les divergences politiques entre Paris et Berlin occuperont également le président français lors de ce voyage - même si ce n'est qu'après un programme bien rempli avec Steinmeier.
 

L’agenda commun de l’Union européenne comme objectif

Mardi, Macron et le chancelier Olaf Scholz ( SPD ) rencontreront leurs cabinets au Conseil des ministres franco-allemand à Meseberg. Ils veulent se mettre d'accord sur une ligne commune pour travailler sur le nouvel agenda européen après les élections européennes. Mais le duo séparé Scholz et Macron n’a plus beaucoup de temps pour les initiatives franco-allemandes.

 

"Les contraintes du calendrier politique sont en nette augmentation. Il faut maintenant aller vite", explique Éric-André Martin, du think tank Institut français des relations internationales (Ifri). En Allemagne, les élections fédérales auront lieu dès l'année prochaine. Macron est certes encore en fonction jusqu'en 2027. Mais plus il se rapproche de la fin de son mandat, plus sa marge de manœuvre diminue en vue de la campagne électorale.

 

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Les idées de Macron suscitent du scepticisme à Berlin

Après ce discours, Scholz a parlé de « bonnes impulsions » et début mai, la chancelière a rencontré le président pour un dîner privé. Cependant, il n'a pas abordé publiquement en détail les nombreuses suggestions - ce qui est probablement dû notamment au fait que Paris et Berlin ne sont tout simplement pas d'accord sur de nombreux points :

  • En matière de politique commerciale, l’Allemagne veut finaliser l’accord du Mercosur avec l’Amérique du Sud, mais Macron l’y bloque. Le président appelle à des mesures plus sévères contre la Chine, mais la chancelière se montre sceptique quant à des mesures telles que les tarifs douaniers sur les voitures électriques.
  • Macron peut imaginer contracter de nouvelles dettes communautaires en Europe pour investir dans les technologies du futur et aider l’Ukraine, mais pour Scholz et le ministre fédéral des Finances Christian Lindner (FDP), il s’agit d’un sujet tabou.
  • Les considérations de Macron selon lesquelles la Banque centrale européenne (BCE) pourrait poursuivre la croissance et la protection du climat comme objectifs de politique monétaire en plus de la stabilité des prix dans son mandat ont été immédiatement rejetées à Berlin.

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En raison de ces divergences, Éric-André Martin, expert de l'Ifri, doute que le Conseil des ministres franco-allemand obtienne de grands résultats. Il souligne toutefois que des progrès ont récemment eu lieu dans un domaine problématique : la coopération en matière d’armement. Fin avril, le ministre fédéral de la Défense Boris Pistorius (SPD) et son homologue français Sébastien Lecornu se sont mis d'accord sur la poursuite de la coopération sur le projet de char MGCS, longtemps au point mort.

 

Discours de l'Europe à Dresde, Prix de la Paix à Münster

Macron souhaitait effectivement venir à l'été 2023, mais a dû annuler le voyage au pied levé en raison des troubles qui ont éclaté en France après la mort d'un adolescent lors d'un contrôle de police. Cette fois aussi, l’ordre du jour était instable : avant la visite d’État, Macron s’est rendu en Nouvelle-Calédonie, territoire français d’outre-mer, secoué par des manifestations contre la réforme de la loi électorale.

Le président a donc atterri dimanche à Berlin un peu plus tard que prévu. Le soir, il assista à un dîner d'État au château de Bellevue. Ce lundi, Macron continue sa route vers Dresde. A l'Élysée, on souligne qu'il est le premier président français à se rendre dans les Länder est-allemands.

Macron aimerait prononcer un discours devant la « Jeunesse européenne » devant la Frauenkirche de Dresde. Il a été dit dans les cercles de l’Élysée que le président « reviendrait sur les propositions et la vision qu’il a présentées à la Sorbonne ». Mardi, le Président recevra le Prix westphalien de la paix à Münster, avant de tenir un entretien politique au Conseil des ministres à Meseberg.

Les milieux de la politique étrangère à Paris se demandent actuellement si Scholz donnera une réponse globale au discours de la Sorbonne. "Si cela ne se produit pas, cela pourrait conduire à de nouveaux malentendus", estime Éric-André Martin. "Surtout après le précédent de 2017."

Cette année-là, après son entrée en fonction, le président français a prononcé un discours sur l'Europe à la Sorbonne – puis a attendu en vain une réaction ou une réponse de la chancelière de l'époque, Angela Merkel.

 

> Cet article est disponible en allemand sur le site de Handelsbatt.

 

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