15
juin
2021
Espace Média L'Ifri dans les médias
Paul MAURICE, cité par Capital/AFP

Le projet Nord Stream 2 continue de diviser

C'est un gazoduc qui oppose les Etats-Unis et la Russie, sème le trouble au sein de l'Union européenne, ternit les relations transatlantiques : l'épineux projet Nord Stream 2 devrait être au menu du premier tête à tête entre Joe Biden et Vladimir Poutine mercredi à Genève.

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Alors que le chantier du gazoduc est en passe de s'achever, un surprenant revirement de Washington laisse entrevoir un compromis. Nord Stream 2 va relier la Russie à l'Allemagne via un tube de 1.230 kilomètres sous la mer Baltique d'une capacité de 55 milliards de m3 de gaz par an, sur le même parcours que son jumeau Nord Stream 1, opérationnel depuis 2012. Contournant l'Ukraine, le tracé va augmenter les possibilités de livraison de gaz russe à l'Europe à un moment où la production au sein de l'UE diminue.

Exploité par le géant russe Gazprom, le projet, estimé à plus de 10 milliards d'euros, a été cofinancé par cinq groupes européens du secteur de l'énergie (OMV, Engie, Wintershall Dea, Uniper et Shell). L'Allemagne est au sein de l'UE le principal promoteur du gazoduc, qui, selon elle, l'aidera à accomplir la transition énergétique dans laquelle elle s'est engagée. Tout en faisant de son territoire un hub gazier européen. Berlin s'en tient imperturbablement à la même ligne : il s'agit d'un projet purement commercial dans lequel le gouvernement d'Angela Merkel n'a pas à s'ingérer.

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Les Etats-Unis ont-il fait volte-face ?

Le démocrate Joe Biden a entamé sa présidence sur une ligne extrêmement hostile à Nord Stream 2, dans la lignée de ses prédécesseurs. Mais, de façon inattendue, l'administration américaine a annoncé fin mai qu'elle renonçait à sanctionner l'entreprise chargée d'exploiter le gazoduc, levant un obstacle essentiel à sa mise en service. Les conjectures sont nombreuses pour expliquer cette main tendue à la Russie et ce cadeau inespéré pour l'Allemagne.

  • "Qu'est-ce qui a été négocié par l'Allemagne et qu'est-ce qui a été négocié avec la Russie pour que les Etats-Unis abandonnent l'Ukraine ?", s'interroge Paul Maurice, chercheur spécialiste de l'Allemagne à l'Institut français des relations internationales (Ifri). L'expert, interrogé par l'AFP, évoque plusieurs pistes : "ça peut être l'achat de gaz liquéfié américain mais aussi le fait que l'administration Biden se concentre sur l'Asie-Pacifique et ne veut pas de tensions supplémentaires en Europe". Par ailleurs, "Washington a besoin de l'Allemagne comme allié" dans plusieurs dossiers, note-t-il.

Washington et Berlin dialoguent désormais pour peaufiner une approche commune de Nord Stream 2, considéré comme un fait accompli. Parmi les compensations évoquées : Berlin pourrait s'impliquer dans des négociations entre Moscou et Kiev pour garantir à l'Ukraine le maintien des revenus perçus sur le transit du gaz russe, a indiqué le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas.

 

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